Depuis le 8 janvier, le gouvernement iranien a plongé le pays dans un blackout numérique quasi-total. Près de 8 jours sans connexion, et le régime va jusqu'à brouiller Starlink pour empêcher toute communication avec l'extérieur.
Visuel : AFP
Un pays entier déconnecté
Les chiffres sont sans appel. Cloudflare a enregistré un effondrement de 98,5% du trafic internet iranien en seulement 30 minutes après le début de la coupure, le 8 janvier à 20h30 heure locale. NetBlocks, l'organisation qui surveille les coupures à travers le monde, parle d'un des blackouts les plus longs jamais enregistrés. Plus de 90 millions d'Iraniens se retrouvent coupés du reste du monde, incapables de prendre des nouvelles de leurs proches ou de documenter ce qu'il se passe dans les rues.
C'est la troisième fois que l'Iran coupe ainsi son réseau internet. La première remonte à 2019, lors des manifestations contre la hausse du prix de l'essence. La deuxième, en 2022, après la mort de Mahsa Amini. Mais cette fois-ci, l'ampleur est inédite. Caroline Azad, chercheure associée à l'ULB et ancienne correspondante en Iran, témoigne à RTL Info : en une semaine de blackout, sa famille n'a pu donner des nouvelles que pendant 5 secondes par téléphone. C'est tout.
Starlink réactivé gratuitement, mais brouillé
Face à cette coupure, Starlink devait être la solution de secours. Le réseau satellite d'Elon Musk permet en théorie de contourner les infrastructures terrestres contrôlées par le régime. SpaceX a d'ailleurs réactivé le service gratuitement pour les utilisateurs iraniens, après un échange téléphonique entre Donald Trump et Elon Musk. Environ 50 000 personnes utilisaient déjà Starlink dans le pays, malgré l'interdiction officielle depuis 2022. La possession d'un terminal peut coûter jusqu'à deux ans de prison, et dix ans si vous en avez importé plus de dix !
Sauf que voilà : le régime a déployé des moyens inédits pour neutraliser Starlink. Depuis le 8 janvier, un brouillage GPS massif perturbe le fonctionnement des terminaux, qui ont besoin de la géolocalisation pour communiquer avec les satellites. Amir Rashidi, expert du Miaan Group, confie à Rest of World n'avoir jamais vu ça en 20 ans de recherche. La perte de paquets de données atteint 30 à 80% selon les zones, rendant la connexion quasi inutilisable dans certains quartiers de Téhéran.
Des brouilleurs militaires russes
Les équipements utilisés seraient de qualité militaire. L'hypothèse la plus probable : des brouilleurs russes, comme le Murmansk-BN, déjà déployé lors de la guerre entre l'Iran et Israël en juin 2025. Le système iranien Cobra-V8, similaire au Krasukha-4 russe, pourrait aussi être de la partie. Des unités mobiles se déplaceraient de quartier en quartier pour cibler les zones où les Iraniens tentent de se connecter. Une mise à jour logicielle de Starlink publiée le 10 janvier a réduit les pertes de paquets à environ 10%, signe que les ingénieurs de SpaceX travaillent à contourner ces interférences.
Le bilan humain, lui, reste difficile à établir. Human Rights Activists News Agency évoque plus de 2 600 morts et 10 600 arrestations depuis le début des manifestations en décembre. Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent ce blackout comme une tentative délibérée de dissimuler des massacres.
On en dit quoi ?
C'est quand même un signal assez violet pour le reste du monde. L'Iran vient de démontrer qu'un État peut non seulement couper Internet, mais aussi neutraliser les solutions satellites qui devaient servir de filet de sécurité. Starlink a beau être présenté comme l'outil ultime pour contourner la censure, les brouilleurs militaires changent la donne. Le vide informationnel profite aussi aux comptes pro-régime et aux faux contenus générés par IA, qui s'engouffrent dans la brèche. Reste à voir si SpaceX parviendra à adapter sa technologie assez vite.