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Vous chassiez des Pokémon ? L'industrie de la défense récupérait tous vos scans

Par Vincent Lautier - Publié le

Le quotidien néerlandais Trouw révèle que les scans envoyés depuis des années par les joueurs de Pokémon Go ont nourri un système de positionnement aujourd'hui destiné, entre autres, à des drones militaires. Niantic Spatial, l'héritière du jeu, travaille main dans la main avec Vantor, un poids lourd américain du renseignement géospatial. Les dresseurs, eux, n'avaient rien demandé.

Vous chassiez des Pokémon ? L'industrie de la défense récupérait tous vos scans


30 milliards de scans dans la nature



Depuis 2021, Pokémon Go propose à ses joueurs de scanner les PokéStops avec la caméra de leur iPhone en échange de quelques bonus. L'opération paraissait anodine. Elle a surtout permis d'accumuler près de 30 milliards de captures de lieux réels, transformées par l'intelligence artificielle en une gigantesque carte 3D du monde. C'est la base du VPS, le Visual Positioning System : au lieu de dépendre des satellites GPS, l'appareil compare ce que voit sa caméra avec cette carte pour se situer au mètre près. Pratique en ville. Et très intéressant pour des militaires, puisque le système fonctionne là où le GPS est brouillé ou coupé.

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Que vient faire la défense là-dedans ?



L'an dernier, Niantic a vendu ses jeux, Pokémon Go en tête, à Scopely, filiale du groupe saoudien Savvy Games, pour 3,5 milliards de dollars. Sauf que la cartographie, elle, n'est pas partie avec. Elle est restée chez Niantic Spatial, une société toujours dirigée par le fondateur John Hanke. Fin 2025, cette dernière a signé un partenariat avec Vantor, l'ex-Maxar Intelligence, qui fournit du renseignement géospatial au gouvernement américain et détient un contrat de 70 millions de dollars avec l'agence NGA. Ensemble, elles veulent permettre à des drones et à des véhicules de naviguer sans GPS, en couplant le logiciel Raptor de Vantor au positionnement de Niantic.

Des démentis du bout des lèvres



Interrogée par Trouw, Vantor jure ne pas exploiter directement les données de Pokémon Go. Par contre, la société refuse de préciser si le modèle qu'elle compte déployer a été entraîné avec. Un porte-parole avait pourtant reconnu plus tôt que les scans du jeu avaient servi à entraîner une première version du modèle. Pour Jeroen van den Hoven, professeur d'éthique à l'université TU Delft, le doute n'existe pas vraiment : sans les scans de tous ces joueurs, dit-il, le système n'aurait jamais progressé aussi vite. Et tout cela est parfaitement légal, puisque les conditions d'utilisation accordaient à Niantic une licence transférable sur les images. Personne ne les avait lues, évidemment.

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On en dit quoi ?



Nous sommes des millions à avoir scanné des statues et des fontaines pour gagner trois Poké Balls, et une partie de ce travail gratuit alimente aujourd'hui l'industrie de la défense américaine. Légalement, le dossier est béton, les conditions d'utilisation couvrent tout. Moralement, c'est une autre histoire. D'autant que van den Hoven le rappelle : une fois absorbées par un modèle d'IA, ces données deviennent intraçables. Impossible de les retirer, impossible même de prouver qu'elles y sont. Et ça, aucune mise à jour ne le corrigera.