Neill Blomkamp, le réalisateur de District 9, vient de mettre en ligne Nightborne, un court-métrage de science-fiction de treize minutes généré entièrement par intelligence artificielle. Il présente ce film comme un simple test, avant de passer à un vrai long-métrage réalisé de la même façon. De quoi relancer le débat sur la place de l'IA dans le cinéma.
Un court-métrage sans une seule image filmée
Nightborne raconte, sous la forme d'un faux documentaire, l'histoire d'une pilote de l'armée américaine déclarée morte après avoir été abattue, alors qu'elle aurait pris part à un programme secret censé ressusciter des soldats tombés au combat. Le film n'a été tourné avec aucune caméra. Blomkamp l'a fabriqué image par image à partir de simples descriptions écrites, grâce à Seedance 2.0, un générateur de vidéo par IA. Le résultat fait treize minutes, ce qui est une durée rare pour ce type de production souvent limité à quelques secondes convaincantes.
Des humains quand même derrière la machine
Contrairement à ce que le mot IA laisse imaginer, le projet n'est pas sorti de nulle part. Des artistes conceptuels bien réels ont posé les bases visuelles, et le film reprend les visages et les voix de trente-deux personnes, sous licence en bonne et due forme. Blomkamp a d'ailleurs monté un nouveau studio baptisé Barley Studios, pensé pour ses films en IA, qui vient prendre la suite d'Oats Studios, sa structure dédiée au cinéma et aux effets spéciaux classiques. Sa prochaine étape est claire, il veut tourner un long-métrage complet avec cette même méthode.
Un pari qui ne fait pas l'unanimité
Le sujet reste évidemment explosif dans le milieu. L'usage de l'IA générative au cinéma soulève des questions sur les données utilisées pour entraîner ces outils, souvent des œuvres récupérées sans autorisation, sur la menace qui pèse sur les emplois de techniciens, et sur une possible baisse de qualité. Le fait qu'un cinéaste installé comme Blomkamp s'y engage aussi franchement change quand même la donne, là où l'IA restait surtout l'affaire d'amateurs ou de studios discrets.
On en dit quoi ?
Voir un réalisateur reconnu assumer un film entièrement généré par IA a quelque chose de fascinant et d'un peu inquiétant à la fois. Le geste est malin, parce que Blomkamp garde des humains dans la boucle et paie les visages qu'il utilise, ce qui coupe l'herbe sous le pied de nombreuses critiques. Reste que promettre un long-métrage entier sur ce principe, c'est un pari que personne n'a encore vraiment tenu.