Melanie Perkins a prévenu ses équipes dans un long message interne : 1 271 salariés de Canva, soit plus d'un sur cinq, vont voir leur poste supprimé, transformé ou déplacé. La cofondatrice parle de « refonder » son entreprise, après une année où la croissance a ralenti pour la première fois en dix ans. Les équipes produit, croissance et plateforme fusionnent au passage.
Un mémo et trois excuses
Le message s'intitule sobrement « An important update on our team », et la patronne australienne s'y dit « profondément désolée » à trois reprises. Le constat est assez rude pour une entreprise de cette taille : la croissance ralentit pour la première fois en dix ans, les équipes se marchent dessus, et les petits ajustements ne suffiront plus. Il faut donc tout reprendre à la base, « refonder » Canva. Rien que ça. Le texte ne prononce jamais les deux lettres IA, mais il évoque longuement des outils qui transforment la manière de créer et les attentes des utilisateurs. Tout le monde aura compris de quoi on parle.
Une seule organisation produit
Les trois grandes équipes produit, croissance et plateforme sont donc regroupées dans une seule organisation, avec moins de niveaux hiérarchiques et des responsabilités moins éparpillées entre les services. Les 1 271 personnes concernées ne seront pas toutes licenciées, puisque certaines changeront simplement de poste et que d'autres devront accepter de déménager vers des bureaux centralisés, en particulier au siège de Sydney. Perkins n'a pas donné le nombre exact de départs secs. Chaque salarié touché se voit proposer un entretien individuel avec un dirigeant, et à partir de janvier, les employés hybrides devront revenir au bureau deux à trois jours par semaine.
Six mois de salaire et le MacBook
Pour ceux qui partent, les conditions sont correctes : au moins six mois de salaire, un an de couverture santé, un accompagnement au reclassement avec un an de LinkedIn Premium, et chacun garde son MacBook de fonction. Canva n'est pas cotée en Bourse et ne publie pas ses comptes, mais la société revendiquait l'an dernier 260 millions d'utilisateurs mensuels, environ 3,5 milliards de dollars de chiffre d'affaires, et ses dirigeants assurent qu'elle gagne de l'argent. Le secteur tech australien traverse en tous cas une mauvaise passe, puisqu'Atlassian avait déjà supprimé 10 % de ses effectifs en mars.
On en dit quoi ?
Canva n'est pas une entreprise en difficulté, et c'est bien ça le plus marquant dans cette histoire. On parle d'une société rentable, qui bouscule Adobe depuis des années, et qui coupe pourtant dans un poste sur cinq parce que sa croissance ralentit un peu. Les trois excuses du mémo partent sûrement d'une bonne intention, mais pour les 1 271 personnes concernées, un MacBook de consolation ne remplace pas un emploi. Et cette grande « refondation » qui n'ose jamais écrire le mot IA alors que tout le texte tourne autour, c'est quand même un exercice de communication assez classique désormais.