Apple doit 5,7 milliards de dollars à Taction Technology. Un jury fédéral de San Diego a estimé que le Taptic Engine, le moteur qui fait vibrer les iPhone et les Apple Watch, viole deux brevets de cette petite société américaine. Jamais un tribunal des États-Unis n'avait accordé une telle somme dans une affaire de brevets, et Apple a déjà annoncé son appel.
Visuel : ifixit
Le problème, c'est le moteur qui vibre
Taction Technology fabrique des transducteurs haptiques, autrement dit des composants qui transforment un signal électrique en vibration. La société a décroché deux brevets dans ce domaine. Et elle estime qu'Apple s'en sert sans licence depuis des années. Le Taptic Engine est arrivé avec la première Apple Watch en 2014 avant d'arriver sur les iPhones, où il produit ces petits retours si précis quand vous tapez au clavier ou que vous tournez la couronne de votre montre. Cette pièce se retrouve quand même au centre du plus gros procès de brevets de l'histoire américaine.
Cinq ans et demi de bagarre
La plainte remonte à 2021, et Apple avait même gagné la première manche puisqu'un juge a écarté l'affaire en 2023 sans procès. La cour d'appel fédérale en a décidé autrement en août 2025. Le dossier est donc reparti devant un jury de San Diego le 14 septembre, et le verdict est tombé après deux jours de délibérations : Apple viole bien les deux brevets. Les jurés n'ont pas retenu le caractère intentionnel de la contrefaçon, ce qui évite quand même à Apple de voir la note triplée, comme la loi américaine le permet dans ces cas-là. L'avocat de Taction a rappelé que sa cliente aura attendu cinq ans et demi pour être entendue.
Apple ne compte pas payer
Apple conteste tout en bloc. La firme se dit profondément en désaccord avec le verdict comme avec le montant, et elle affirme que son Taptic Engine est fondamentalement différent de la technologie de Taction. Cupertino rappelle aussi que son moteur existait avant même le dépôt de la demande de brevet initiale de Taction, et que ce sont ses évolutions ultérieures qui, aux yeux du jury, ont fini par tomber dans le périmètre des revendications. Taction n'a d'ailleurs pas mené ce combat seule : des fonds spécialisés dans le contentieux, Burford Capital en tête, ont financé la procédure, une pratique qui fait beaucoup de bruit outre-Atlantique.
On en dit quoi ?
Ce genre de méga-verdict fond presque toujours en appel, et on imagine bien que celui-là ne fera pas exception. Apple a les avocats, le temps et l'argent qu'il faut pour faire durer l'affaire pendant des années. En attendant, le composant le plus discret de l'iPhone, celui que vous sentez sous le doigt sans jamais le voir, s'offre le record absolu de la condamnation en matière de brevets. Pour une entreprise qui a bâti sa réputation sur le soin du détail, se faire épingler sur une histoire de vibrations, c'est quand même un peu la honte.