Avec une puce d’iPhone et seulement 8Go de RAM, je ne m’attendais pas forcément à des miracles, surtout dès qu’il s’agit d’aller au delà de l’usage classique, comme des jeux, du montage ou de la musique. Alors, vraiment trop lent ce MacBook Neo ? Réponse dans ce test !
Un problème de geek
Comme beaucoup, j’ai eu envie de m’acheter un MacBook Neo et je me suis même posé la question de conserver (ou non) ce modèle de test.
Déjà conquis par son format en mobilité, j’ai malgré tout besoin d’une machine un minimum performante, même ponctuellement. Il m’arrive encore de faire un peu de montage durant mes déplacement, mais aussi de la photo, du traitement de gros fichiers, d’utiliser de l’IA locale, de programmer… Bref, un usage assez avancé, qui justifie qu’on teste ici les limites de la machine.
Sans être le public cible du Neo en machine principale, il pourrait bien faire l’affaire durant mes déplacements ! Car pour du web, de la bureautique et même un peu de montage et deux ou trois jeux, je l’ai trouvé plutôt capable jusque là. Ceux qui se limiteront à surfer sur internet, regarder Netflix et consulter leur messagerie n’auront d’ailleurs jamais aucun problème de ralentissements ou de performances, soyons clairs, malgré une fiche technique clairement datée.
Le SSD le plus lent de la gamme
Avec seulement 2 capacités de stockage et un prix plancher, je ne m’attendais pas à des miracles du côté du disque.
Le différence de vitesse est anecdotique entre les versions 256 et 512Go, avec 1,5 à 1,6Go/s en lecture/écriture, un score honorable, mais encore deux fois plus lent que celui du M1, sorti il y a 6 ans.
En pratique, vous ne verrez aucune différence très nette avec un MacBook Air/Pro, sauf à copier de gros fichiers à longueur de temps. Vu la capacité, les enjeux sont d’ailleurs assez limités.
8Go de RAM, ça rame !?
En revanche, avec seulement 8Go de RAM, la pression sur la mémoire est constamment élevée, il suffit de lancer quelques apps pour atteindre 5 à 7Go sur les 8 disponibles.
En réalité, Apple triche un peu, car la mémoire réellement utilisée est souvent bien plus élevée. Déjà, elle compresse la RAM, ce qui permet d’occuper moins d’espace, mais l’opération n’est pas gratuite et consomme des ressources continuellement.
La seconde méthode consiste à utiliser le SSD pour copier une partie de la RAM, c’est ce qu’on appelle le swap. Avec les disques récents, c’est assez rapide mais beaucoup plus lent qu’un accès en RAM classique -la mémoire est 50 à 200x plus performante qu’un SSD, surtout sur les petits fichiers. Avec un disque un peu plus lent que la moyenne et une capacité limitée, le swap est doublement pénalisé ici.
Lorsqu’on pousse un peu les limites, en lançant des applications ou des projets gourmands, les saccades et temps de chargements se font sentir. Sur un gros projet Canva, l’affichage des différents calques peut demander quelques seconde, là où un MacBook Air mieux doté en RAM n’observera aucun ralentissement. D’ailleurs, avec le même nombre d’apps lancées simultanément, notre MacBook Air 13“ muni de 24Go de RAM occupera déjà 17Go sans forcer, preuve que si macOS a suffisamment de mémoire, il ne se prive pas de l’utiliser.
Mais en réalité, ces petits lags sont plutôt rares au quotidien car Apple gère parfaitement la bascule en fonction des besoins entre les apps. Il faut vraiment lancer des programmes très gourmands pour les provoquer. La question est plutôt de savoir ce qu’il en sera dans 1 ou 2 ans, quand la firme de Cupertino gavera macOS de petits modèles d’IA locale ou que les sites web et les apps seront de plus en plus gourmands en RAM.
Une puce d’iPhone, vraiment ?
L’A18 Pro qui équipe le MacBook Neo n’a pas été vraiment conçu pour les Mac à l’époque, et c’est assez logique, le format d’un téléphone nécessite quelques ajustements.
Pour autant, cette puce d’iPhone partage en réalité la même architecture que les puces M des MacBook Air, à quelques différences près : elle a moins de coeurs, une bande passante plus faible, et des fréquences plus contenues.
Par exemple, la bande passante de l’A18 Pro n’est que de 60Go/s contre 68Go/s sur un M1 de 2020 et… 153 dans un M5 de 2026. Mais c’est surtout le nombre de coeurs (6 contre 8-10 sur les Mx) et notamment de coeurs performants (2) qui vont aussi faire la différence. Le GPU n’est pas en reste, avec 5 coeurs, contre 7 à 10 sur une puce M moderne).
En réalité, Apple a joué un coup de maître ici car cet A18 Pro ne lui coûte pratiquement rien : il s’agit en fait des restes des A18 Pro, castrés d’un coeur, et qui n’ont pas pu être intégrés à l’iPhone. Oui, vous avez bien lu, la puce de l’iPhone 16 Pro est plus rapide que celle du Neo, avec un petit coeur GPU de plus ! Elles auraient normalement dû se retrouver à la benne, faute de validation en fin de production.
CPU : le M1 reste devant
Pour tester le CPU, beaucoup utilisent GeekBench, un outil largement répandu qui est pourtant sujet à caution.
Lorsqu’on voit les résultats, on se dit que notre A18 Pro est déjà au niveau d’un M1, voire même le dépasse en mono-coeur, ce qui se traduit par une sensation de rapidité assez sensible au quotidien.
Le problème de GeekBench, c’est qu’il ne calcule pas très longtemps, et surtout, qu’il pondère les différents résultats, tout le contraire de Cinebench, l’outil de Cinema4D qui réalise -lui- de vrais calculs soutenue.
Et là, les résultats sont bien différents. Notre MacBook Neo met presque deux fois plus de temps à calculer une image qu’un Mac M1 de 2020… Il est même plus lent que certains processeurs Intel de… 2018 ! La raison est simple : notre MacBook Neo n’offre que 2 coeurs performants et surtout, ces derniers sont rapidement à bout de souffle, descendant sous la barre du GHz dès que la puce se met à chauffer. Et oui, il n’y a aucun ventilateur ici pour refroidir le processeur !
Si vous aimez faire de la musique, avec GarageBand ou éventuellement Logic, même punition : on sera moins bon qu'un MacBook Air M1 de 2020 et quasiment trois fois plus lent que notre MacBook Air M5.
Alors attention, cette lenteur est toute relative : avec 50 pistes sous Logic, on peut quand même produire un petite album avec cette machine ! Il n’y aura donc aucun souci pour de la création amateur dans l’ensemble. En revanche, si vraiment vous prévoyez de passer aux choses sérieuses, de multiplier les effets et les pistes, gare à la surchauffe ! Et ce n’est pas parce que la machine tient 5mn avec 30 pistes que ce sera le cas les 5mn suivantes !
IA Locale : dure limite
Si l’IA cartonne actuellement avec les services en ligne, l’avenir sera sans doute plutôt hybride : beaucoup de calculs locaux pour les petits modèles (gestion de textes et des données personnelles locales) et des appels à distance pour les LLM nécessitant de gros serveurs pour s’exécuter (création d’images, de vidéos, etc.)
Sur le papier, le MacBook Neo embarque un neural engine assez récent, au point que GeekBench AI le place au dessus d’un Mac Studio M3 Ultra malgré ses 256Go de RAM !
Sauf qu’en pratique, l'IA a besoin... de mémoire. De beaucoup de mémoire, même ! Il n’y a pas de secret, même avec avec un « petit » modèle DeepSeek R1 (7GB), la machine se révèle 3 à 5x plus lente qu'un MacBook Air récent et 15x plus lent que notre fameux Mac Studio M3 Ultra.
Il faut dire que sur le MacBook Neo, les programmes n’accèdent en réalité qu’à 5Go sur les 8Go utilisables.
Avec DrawThings, c'est encore plus flagrant : le MacBook Neo est 7x plus lent qu'un MacBook Air M5 avec 24Go de RAM. D'ailleurs, ce MacBook Air est même logiquement devant le MacBook Pro M5 qui n’avait que 16Go de RAM au moment du test :
Monter des vidéos sur un Neo ?
Est-ce qu'on peut faire du montage avec un Mac Neo ? C’est une question qui revient souvent dans le milieu créatif, à l’heure de YouTube, TikTok et des formats courts.
De nombreuses vidéos montrent que la machine s’en sort très bien sous Final Cut Pro et c’est effectivement le cas : j’ai monté plusieurs projets en 4K HDR avec le MacBook Neo sans trop de soucis, enfin, ça dépend.
Il est pas exemple facile de lancer plusieurs vidéos 4K HDR Dolby Vision en parallèle dans la TimeLine, la limite se situant autour de 6 flux environ, tout dépend de l’encodage utilisé. Tout ceci est parfaitement logique, car l’A18 Pro embarque des moteurs physiques de décompression vidéo, ce qui permet de faire des petits montages sous CapCut sans souci par exemple. Si diffuser 6 flux 4K sur Mac parait presque normal en 2026, il fallait de grosses stations de travail pour le faire il y a encore 10 ans !
Alors que les effets intégrés (flou, contrastes...) fonctionnent sans lag, ce n’est pas le cas lorsque vous les multiplier ou que vous activez des plug-ins, type MotionVFX (récemment racheté par Apple). J’ai réussi à plier la machine avec seulement 3 titres superposés, et j’avais déjà des drop-frame. Evidemment, on peut demander au logiciel d’utiliser des proxy ou de pré-calculer le rendu, mais cela requiert encore du temps et des ressources (pendant lesquels vous ne montez pas).
L’autre limitation concerne les exportations : mon test habituel se contente d’encoder une vidéo 4K de quelques minutes en H.264 et HEVC/H265. Et là… c’est la cata ! On est 10x plus lent qu'un M1 et même 20x plus lent qu'un M5, quelque soit le format. Le coupable, c’est évidemment la puce, qui n’embarque pas les bons encodeurs, mais c’est normal, Apple a dû faire des choix de design.
Les jeux : aïe aïe aïe !
Est-ce qu'on peut vraiment jouer sur le MacBook Neo ? Ces programmes jouent le rôle d’arbitre dès qu’il s’agit de repousser les limites des machines et ici, pas besoin d’aller très loin, même si certains prétendent que le dernier Cyberpunk 2077 tourne parfaitement sur ce petite portable (haha).
Si vous aimez les titres un peu datés, pas trop gourmands,mais toujours aussi funs comme MineCraft par exemple, vous pouvez espérer entre 40 et 60FPS sans trop baisser les détails. C’est correct, sans plus, mais largement jouable.
J’ai tenté, pour le fun, d’installer les 185Go d’Assassin's Creed Shadow sur le MacBook Neo, mais le plaisir n’aura été que de courte durée. Même aller dans les menus semblait trop lui demander ! Mon compteur affichait péniblement 6FPS, autant dire qu’il fallait oublier ce genre de titres.
Pour Cyberpunk, il y a du mieux : au moins, le jeu se lance sans trop ramer et parait à peu près fluide sur les animations. Pour arriver à obtenir 30FPS dans les meilleures conditions, il faut en revanche réduire tous les détails au minimum, la résolution ne change en fait pas grand chose ici.
En pratique, on oscille entre 20 et 30FPS durant les parties, ce qui n’est pas suffisant pour offrir une bonne expérience de jeu. Si vous avez déjà une belle bibliothèque Steam sur PC, pourquoi pas, mais n’allez pas investir dans les jeux AAA dernier cri pour ce MacBook Neo ! Autant se rabattre sur un PC, une console ou un service de streaming.
La série des TotalWar, totalement native pour les puces AppleSilicon, offre à peu près les mêmes performances : entre 20 et 30FPS suivant la nature des combats. Sur un jeu plutôt orienté RTS lent, ça passe, mais rien de bien dingue pour vraiment prendre du plaisir sur de longues parties.
J’ai évidemment testé StarCraft 2, un titre sorti en 2010, mais toujours aussi exigeant dès qu’il y a beaucoup d’unités à l’écran. En medium 1080p, le titre affiche 60FPS en moyenne, mais descend à 20/30FPS pendant les combats. Pour un jeu qui a plus de 16 ans (mais qui n’est pas natif, il est vrai), ça reste assez moyen, sachant que le moindre PC moderne permet d’y jouer à 200FPS minimum même avec de très petits GPU.
Plus populaire (et plus récent), Asphalt nécessite d’aller dans les réglages pour atteindre les 60FPS. Une fois tout au minimum, le titre est vraiment jouable et c’est typiquement le genre de jeux avec lequel on peut s’amuser des heures. Tout ce qui est optimisé pour les puces Apple Silicon et qui n’est pas trop exigeant fonctionnera même plutôt bien.
En revanche, les vieux jeux "Intel" comme la série des Tomb Raider et la plupart des titres sur Steam un peu datés, auront bien du mal à s’épanouir. L’émulation trop exigeante (avec beaucoup de calculs CPU et de grosses demandes GPU simultanés) auront vite raison de la puce, qui va surchauffer pour afficher 15FPS grand maximum… autant dire, parfaitement injouable !
Le WiFi est rapide (lui)
Je le gardais pour la fin, mais le WiFi est étonnamment rapide sur cette machine, alors même qu’Apple aurait pu nous refiler un vieux contrôleur WiFi 6.
La puce embarque en effet du WiFi 6E, ce qui permet d’atteindre 1,6/1,7Gbps, soit le même score que… le MacBook Pro M5 en WiFi 7 ! En réalité, Apple n’a pas encore implémenté correctement la nouvelle norme, ce qui permet à ce MacBook Neo d’offrir les meilleurs scores de toute la gamme Apple du moment.
Pour une machine à vocation mobile, c’est vraiment cool, car je doute que beaucoup la branchent en Ethernet via l’USB C ! Vous pourrez donc télécharger autour de 200 Mo/s dans le meilleur des cas, ce qui est vraiment suffisant pour l’usage, et très pratique pour AirDrop (quand il fonctionne).
Bilan : « déçu en bien »
Cette bonne vieille expression suisse prend tout son sens avec le MacBook Neo : je n’en attendais pas grand chose et pourtant, il s’en sort pas si mal, sans vraiment performer outre mesure.
Alors oui, on pourra toujours pester qu’une machine de 2026 qui peine à rivaliser avec un Mac M1 de 2020, cela reste un peu chiche quand on le paie jusqu’à 800€. Et d’ailleurs, si les performances brutes sont réellement une priorité, on trouve encore des Mac M2/M3 sous les 1000€ ponctuellement, avec un CPU et surtout un GPU bien plus costaud.
Il n’en reste pas moins que ce MacBook Neo est tout à fait capable, quelque soit le segment : montage, musique, photos, et même des jeux… il peut littéralement tout faire, à ceci près que les limites ne sont jamais loin. Il suffit de sortir un peu des sentiers battus pour qu’il se retrouve à la peine, même si ce n’est pas ce qu’on lui demande de prime abord.
L'autre souci, c'est qu'il sera forcément obsolète un peu plus vite que ses grands-frères, notamment à cause des 8Go de RAM. Avec l’arrivée d’Apple Intelligence (on l’espère) et de l’IA locale, le MacBook Neo n’est pas vraiment l’ordinateur taillé pour l’avenir. En revanche, c’est un très bon passe-plat pour l’IA dans le Cloud ! Je n’ai pas testé OpenClaw sur cette bécane, mais ça doit certainement tourner correctement.
Le risque, c’est aussi de devoir multiplier les abonnements Cloud, justement, que ce soit pour le stockage, l’IA, les photos, les jeux en streaming… Apple l’a bien compris : avec un prix d’appel agressif, ce sont autant de clients pour iCloud et ses abonnements à gogo.
A l’arrivée et pour mon usage très spécifique, je trouve le MacBook Neo encore un peu limité globalement, que ce soit pour de l’IA, des montages ponctuels, l’espace de stockage ou encore les performances brutes dès qu’il s’agit de sortir de la simple bureautique. La connectique impose aussi de se passer totalement de Thunderbolt, alors que la norme existe depuis plus de 10 ans. En revanche, je pense que pour 99% des gens, tout ça n’a que peu d’importance, car la puissance est suffisante et même largement au dessus de la plupart des besoins.
Le MacBook Neo, c’est un peu la puissance tranquille, et il y a un petit côté low-tech, un cercle vertueux via le recyclage des puces d’iPhone, qui me plait bien.