Deux ans après avoir présenté son concept EV FUN, Honda lance enfin sa toute première moto électrique, la Honda WN7. Un évènement pour l'un des plus grands constructeurs généralistes qui propose déjà plusieurs scooters sans émission. Nous avons été parmi les premiers à pouvoir l'essayer et il y a pas mal de choses à dire.
Alors que d'autres ont déjà lancé plusieurs modèles plus ou moins réussis - on pense notamment à Kawasaki avec sa Kawasaki Z e-1, Can-Am avec les Pulse et Origin et même Harley-Davidson plus tard devenue Livewire avec les One et S2 - Honda a pris son temps pour développer sa première moto électrique. Sans surprise, la Honda WN7 est donc basée sur le concept EV Fun qui avait été présenté en 2024 et le résultat est plutôt réussi.
Elle reprend tous les codes du roadster thermique non sans y ajouter ce qu'il faut de modernité. D'ailleurs, c'est de là qu'elle tire son nom, WN pour Wind Naked, et 7 pour l'échelle de puissance de Honda qui va de 0 à 9.
Hormis la face avant à la "Transformer" qui évoque la première génération de CB 1000R, le design est plutôt discret avec des lignes très épurées. Vous aurez le choix entre trois coloris, gris, noir brillant ou noir mat pour ceux qui ne rechignent pas à nettoyer leur moto toutes les semaines ou presque.
Comme toujours, on peut compter sur Honda pour soigner la fabrication de ses motos, et la Honda WN7 n'est pas en reste. Les assemblages sont irréprochables, il n'y a aucune soudure apparente, le constructeur japonais ayant opté pour des écrous qui au passage permettent d'assurer une plus grande rigidité au châssis.
Ceci étant, tout n'est pas parfait non plus. En effet, Honda suit la tendance actuelle en intégrant ici et là des panneaux Piano Black, ces éléments en plastique noir brillant qui peuvent être sensibles aux rayures. Surtout que certains se trouvent au niveau du faux réservoir. Un petit film PPF ne sera donc pas de trop pour protéger la belle.
Autre élément qui fâche sur une moto autrement très bien finie, la trappe du port de recharge est équipée d'une charnière qui semble un peu fragile.
Pour le reste Honda a vraiment soigné sa copie : éclairage Full LED aussi bien à l'avant qu'à l'arrière mais aussi pour les clignotants, qui sont même automatiques.
Par ailleurs, difficile de résister au monobras oscillant Pro-Arm en aluminium, une tradition chez Honda, alors que la fourche inversée est une Showa de 43 mm, du classique.
Mais on ne va pas non plus vous tartiner des pages sur la partie cycle et le châssis. Sachez tout de même que ce dernier a une originalité. Construit en aluminium, il est monté sur la batterie qui fait office d'élément structurel porteur. Cela permet de limiter le nombre de pièces et d'assurer la rigidité de la moto là encore.
Honda a choisi de laisser la batterie de la WN7 apparente, ce qui avait plutôt réussi à la Livewire par exemple. Cela permet de la refroidir naturellement par air, sauf que, à la différence de la Harley-Davidson... pardon de la Livewire One, on se retrouve avec un gros bloc noir sans le moindre relief. Vous me direz cela correspond bien au côté épuré de la Honda WN7.
Autre élément qui joue un rôle important pour refroidir la batterie, des panneaux latéraux viennent rediriger le flux d'air. C'est à la fois utile et plutôt réussi visuellement.
Le moteur électrique de la Honda WN7 est bien caché derrière la batterie, juste sous le pivot du bras oscillant. Cela permet d'abaisser le centre de gravité et le bloc est cette fois associé à un système de refroidissement liquide afin de maintenir les performances quand la moto est fortement sollicitée (et "spoiler alert", elle va l'être pendant l'essai).
Honda WN7, mieux qu'une Honda CB500 Hornet ?
Sur le papier, le moteur électrique de la Honda WN7 développe une puissance assez modeste de 18 kW en continu. Oui mais c'est sans compter avec les 50 kW en crête pour un couple instantané annoncé à 100 Nm.
On ne va pas vous faire languir plus longtemps, oui ça déboîte et les accélérations sont grisantes au même titre que les relances. Besoin de dépasser en côte ? Aucun souci, la Honda WN7 a de la réserve et pas qu'un peu. C'est bien simple, elle offre des performances auxquelles aucune thermique de puissance équivalente ne peut prétendre.
Dans son dossier de presse, le constructeur la compare à plusieurs reprises à la CB500 Hornet. Il faut dire qu'elle affiche un gabarit similaire, mais sur route, cette dernière est complètement larguée sur tous les points ou presque. On y reviendra plus loin.
La Honda WN7 est une moto facile d'accès. Pas très large, elle est équipée d'une selle qui n'est pas très haute (800 mm) ce qui permet à un motard de 1,70 m de poser les deux pieds par terre à l'arrêt. Elle est plus lourde que la CB500 Hornet (217 kg contre 188 kg environ), mais le centre de gravité est bas et on ne s'en rend pas vraiment compte.
Au pire il y a une marche avant et une marche arrière à faible allure qu'on active avec les gâchettes sur la gauche du guidon pour faciliter les manoeuvres.
Contrairement à Can-Am qui équipe ses deux motos électriques avec un énorme écran couleur, Honda a choisi un dalle de 5 pouces pour la WN7. On aurait aimé une diagonale plus grande surtout que les bords sont vraiment épais.
L'interface a le mérite d'être claire et pas besoin de se plonger dans le manuel pour vite maitriser les différentes fonctionnalités grâce aux commandes sur la gauche du guidon.
Une fenêtre flottante permet ainsi d'accéder au menu principal ou directement aux commandes du smartphone s'il est connecté. L'affichage en change pas avec le mode de conduite ce qui est un peu dommage.
Seul le mode sport permet d'afficher un cadran rond mais rien de bien transcendant non plus. Ceci étant toutes les infos importantes sont bien là : vitesse, niveau de la batterie, autonomie restante en km, température et horloge.
Il y a même le niveau de la récupération d'énergie au freinage qui permet de grappiller quelques kilomètres d'autonomie supplémentaire. Cette information est placée dans le coin supérieur gauche de l'écran, ce qui est idéal pour y jeter rapidement un oeil en roulant.
La fenêtre flottante sur la droite de l'écran peut voir son contenu changer pour afficher les informations de l'ordinateur de bord, et notamment les trips, la consommation instantanée, la consommation moyenne et la vitesse moyenne.
Enfin, le motard peut accéder à des paramétrages plus fin en accédant aux sous-menus moto à l'arrêt. À noter qu'il est possible de définir trois limites de vitesse pour une conduite tranquille en ville sans constamment garder l'oeil sur le compteur de vitesse. Malheureusement la Honda WN7 fait l'impasse sur le régulateur de vitesse.
Autre fonctionnalité qu'on aurait vraiment ailé trouver sur une moto à plus de 10 000 euros, CarPlay n'est pas intégré contrairement à la Can-Am Pulse par exemple. C'est d'autant plus dommage que Honda est l'une des rares marques à le proposer sur certaines de ses motos. On se consolera avec des réglages plutôt fins du niveau et de la puissance de recharge.
Nous n'avons pas eu l'occasion d'essayer l'application Honda RoadSync. Celle-ci propose les fonctionnalités classiques comme la gestion des appels une fois qu'un intercom est connecté en Bluetooth, les notifications de message, la navigation Turn-By-Turn, la commande vocale et, motorisation électrique oblige, le suivi de la charge à distance.
Le constructeur a tout de même fait quelques choix un peu bizarre. Par exemple le bouton démarrer est intégré sur le flanc gauche au niveau de la batterie ce qui impose de se baisser pour l'actionner.
En revanche, la Honda WN7 dispose du système Keyless qui a fait ses preuves avec une clef qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de mon vaillant Honda Forza.
On peut aussi mentionner le port USB type C qui est intégré sous la selle. Il faut la démonter avec la clef Allen qui est rangée près du connecteur de recharge, puis laisser le câble branché en permanence pour éviter la manipulation. Un système de guide permet de le faire passer sous le faux réservoir pour qu'il ressorte au niveau du guidon, mais honnêtement on a vu plus pratique.
Sur route, plus c'est long plus c'est bon
Allez c'est parti pour un essai sur route dans la région ensoleillée de Marbella. Les condition sont idéales avec une température de 20° environ, qui sied très bien à l'électrique.
La moto est accueillante, avec un poids qu'on ne ressent pas trop grâce à la hauteur de selle qui est raisonnable. La position est accueillante, y compris pour les motards les plus grands, mais tout le monde s'accorde à trouver la selle beaucoup trop ferme.
Je ne suis pas fan des rétroviseurs en bout de guidon qui ne facilitent pas la remontée de file entre les voitures, mais ils ont l'avantage d'offrir une excellente vision arrière.
La Honda WN7 est très silencieuse, notamment grâce à sa transmission par courroie. Il n'y a aucune vibration et seule la direction parait un peu lourde a basse vitesse.
Comme on le disait plus haut, le couple instantané permet de décoller au feu rouge, avec une accélération puissante mais pas trop violente non plus. Nous n'avons pas essayé la version A1, mais il y a fort à parier qu'elle laisse n'importe quel modèle thermique de 11 kW sur le carreau.
Pour vous donner une idée, sachez qu'il ne faut que 3,9 secondes à la Honda WN7 pour parcourir 50 mètres. Attention aux piétons qui traversent sans attendre leur tour. Si la CB500 Hornet peut encore rivaliser, elle est derrière au 0 à 100 km/h avec 4,6 secondes, pour la moto électrique.
Ceci étant, la vitesse est limitée à 129 km/h et 127 km/h en stabilisé. On a pu aller plus vite mais uniquement en descente. Les allergiques a l'électrique jubilent même si en pratique, cela n'a pas vraiment d'importance sur une moto qui se destine à un usage urbain et péri-urbain.
Le système de refroidissement liquide semble efficace car nous n'avons jamais vu de voyant s'allumer sur le tableau de bord, même en maltraitant la Honda WN7 qui a délivré des performances constantes. La partie-cycle est un régal de précision et d'agilité. Sur ce point, il n'y a rien à redire. Par contre, une fois à l'arrêt, nous avons remarqué qu'il n'y avait pas de frein de parking. En l'absence de boite de vitesse, impossible de laisser la moto en prise quand elle stationnée en pente.
Quatre modes de conduite sont disponibles (Standard, Sport, Eco et Rain), auxquels s'ajoutent quatre niveaux de freinage régénératif. Nous avons surtout roulé en mode Standard, mais sachez que le mode Eco est étonnamment vif et plus que suffisant en ville.
Chaque mode a son propre schéma de régénération au freinage mais il est possible de le modifier via les gâchette up/down sur le guidon. Comme sur certaines voitures électriques c'est vraiment pratique et plutôt fun dans le pilotage. Bien utilisé, on touche très peu aux freins physiques, notamment en ville, tout en récupérant (un peu) d'énergie. Le système fonctionne jusqu'à l'arrêt complet de la Honda WN7, qui peut aussi profiter de phases de roue libre, par exemple sur autoroute.
Par contre, la moto thermique reste encore largement supérieure à l'électrique quand on s'intéresse à l'autonomie et au ravitaillement. En effet, alors que Honda annonce 140 km entre deux recharges (153 en version A1 bridée à 11 kW), nous avons relevé une consommation de 1% par kilomètre environ en mode eco en jouant à fond avec la récupération d'énergie. On vous laisse imaginer le résultat après avoir essoré la poignée de droite mode Sport activé.
Partis avec 100% de batterie ou presque, nous sommes arrivés à destination avec 37% restants après un parcours de plus de 67 km. Un confrère aura lui des sueurs froids avec 17% au compteur. Précisons tout de même que les passages pleine balle pour les photos, mais encore et surtout la conduite "dynamique" sur les routes très roulantes de l'arrière pays avec une meute de journalistes moto, n'est pas vraiment représentatif d'un usage normal. Dans tous les cas, la Honda WN7 devrait pouvoir parcourir 100 km ce qui normalement couvre la plupart des déplacement journaliers.
Elle dispose aussi d'une caractéristique qui fait grandement défaut à la grande majorité des motos aujourd'hui : un connecteur CCS. Outre les bornes AC, la Honda WN7 peut donc se brancher sur n'importe quelle station en courant continu. Bon on vous calme d'emblée, n'allez pas encore vous imaginer faire un plein de Watts aussi vite qu'un plein d'essence.
En effet, il faut compter 30 minutes pour voir la batterie lithium-ion de 9,3 kWh passer de 20 à 80%. Comptez 2,4 heures pour une charge complète sur une Wallbox de 6 kW, ou 5,5 heures sur une prise domestique. Il n'empêche, l'ajout d'une prise Combo CCS est un argument fort pour la Honda WN7, surtout à ce niveau de prix.
En matière de style, Honda tape dans le mille avec sa première moto électrique. Elle est jolie cette WN7, suffisamment moderne et juste ce qu'il faut de tape à l'oeil selon nous. La moto bénéficie d'une fabrication soignée et d'un équipement de haut niveau pour tenter de justifier son prix. Alors oui on aurait quand même aimé disposer d'un écran plus grand ou de CarPlay comme sur la Goldwing. Ceci étant, non content de rouler sur une machine différente, le jeune motard qui envisage l'achat d'une midsize thermique (et qui dispose d'un budget de 14 990 euros tout de même) sait qu'il bénéficiera de performances sans commune mesure. Alors oui, la Honda WN7 n'est pas la révolution qu'on espérait secrètement, avec un usage urbain et péri-urbain comme toutes les motos électriques aujourd'hui. Mais elle le fait très bien et dispose d'un atout face à ses concurrentes grâce à son port CCS qui autorise la recharge sur l'intégralité du réseau, ce qui n'est pas rien. Si les vieux de la vieille comme moi ne bouderont pas leur plaisir au guidon, ils s'orienteront vers un choix plus rationnel à budget équivalent.