A minuit, le carrosse s'est transformé en citrouille, et même dans une version pire que tous les scénarios d'Halloween. Les États-Unis ont officiellement activé une nouvelle série de droits de douane ce mercredi 10 avril, à 12h01 (heure de Washington).
Cette fois, la taxe imposée sur les importations chinoises atteint un niveau record de 104 %, dans le cadre d’une politique commerciale offensive initiée par Donald Trump. L’annonce, confirmée mardi soir par des responsables de la Maison Blanche, marque un tournant majeur pour l’économie américaine et pour les entreprises qui dépendent étroitement de la Chine, comme Apple.
Depuis l’annonce initiale du Jour de la libération le 2 avril, l’administration Trump a multiplié les mesures de rétorsion commerciale. En plus de la Chine (54%), l’Union européenne fait également l’objet de droits de douane à 20 %, alors que Pékin a immédiatement répondu avec 34 % de taxe sur les produits américains, accompagnés de restrictions sur les exportations de terres rares.
La situation s’est encore tendue avec un ultimatum fixé au 8 avril : Trump menaçait d’ajouter 50 % supplémentaires aux droits sur la Chine si Pékin ne faisait pas machine arrière. Face au refus des autorités chinoises, la mesure complète à 104 % a donc été enclenchée ce matin.
Un impact direct pour Apple
Pour Apple, le coût de cette guerre commerciale se chiffre déjà en milliards, avec 450 milliards de perte de valorisation boursière en une semaine. L’entreprise dépend encore largement de sa chaîne d’assemblage en Chine pour la production de ses iPhone, iPad, Mac et accessoires. Tous ces produits une fois importés aux États-Unis sont désormais soumis à cette nouvelle taxe douanière, ce qui augmente considérablement leur coût logistique.
Pour le moment, l’effet reste contenu, Apple ayant anticipé l’entrée en vigueur de ces mesures en stockant massivement ses produits aux États-Unis. Plusieurs cargaisons ont été acheminées fin mars depuis la Chine et l’Inde pour échapper à cette hausse brutale. Toutefois, ces stocks ne sont pas inépuisables, et pourraient être rapidement être écoulés en cas d’achat de panique.
Rappelons que depuis le jeudi 3 avril, les sept poids lourds de la tech (ceux qui sont cotés), dont les performances ont été exceptionnelles ces dernières années, subissent une correction cinglante sur les marchés. Apple a vu son action reculer de près de 14%, Meta de 5,54%, Nvidia de 3%, Tesla de 2,21%, Amazon de 3%, Alphabet et Microsoft de près de 2%.
Dans ce nouveau climat, les investissements CapEx –ces dépenses allouées aux infrastructures et services technologiques– pourraient être revus à la baisse. La demande se fragilise, tandis que l’incertitude ambiante ralentit la signature des grands contrats, en particulier dans l’IA et le cloud, deux moteurs essentiels de croissance pour des acteurs comme Microsoft, Nvidia ou Amazon.
À moyen terme, Apple pourrait chercher à renforcer la production hors de Chine, notamment en Inde et au Vietnam, voire au Brésil, où les taxes imposées par les États-Unis sont moindres. Mais ces installations n’ont pas encore la capacité industrielle nécessaire pour compenser entièrement la Chine.
Quant à l’hypothèse d’une relocalisation aux États-Unis, chère à Donald Trump, elle reste peu réaliste à court terme. Tim Cook a plusieurs fois souligné les défis liés au manque de compétences industrielles locales et aux coûts très élevés d’une telle transition. Selon certains analystes, il faudrait au moins une décennie pour mettre en place une chaîne de production d’iPhone viable sur le sol américain.
Aujourd'hui, on ne sait pas quelle va être la position d'Apple, si elle va augmenter ses prix majoritairement aux USA, si elle va en lisser une partie dans le reste du monde ou si elle va trouver d'autres sites de production fiscalement plus intéressants. En toute logique, elle devrait mixer un peu tout cela.