Rapidus, une entreprise japonaise créée de toutes pièces en 2022, ambitionne de produire des puces gravées en 2 nm dès fin 2027. C'est la finesse de gravure la plus avancée au monde. Avec près de 6 milliards d'euros de fonds publics et le soutien de géants comme Toyota, Sony et IBM, le Japon tente un retour dans la course aux semi-conducteurs, un marché dominé par le taïwanais TSMC.
Un pays entier derrière un seul projet
Pour bien comprendre l'enjeu, il faut remonter un peu. Le Japon dominait le marché des semi-conducteurs dans les années 80, avant de se faire dépasser par Taïwan et la Corée du Sud. Aujourd'hui, c'est TSMC, une entreprise taïwanaise, qui fabrique la grande majorité des puces haut de gamme que l'on retrouve dans les iPhone, les Mac, les GPU Nvidia ou les serveurs d'intelligence artificielle. Le Japon a donc décidé de créer Rapidus en 2022, avec un consortium de huit entreprises (Toyota, Sony, SoftBank, NTT, NEC, KDDI, Kioxia et MUFG), pour tenter de revenir dans la partie. La technologie de gravure en 2 nm vient d'un partenariat avec IBM, et l'usine sort de terre à Chitose, sur l'île de Hokkaido.
Des puces minuscules, des ambitions énormes
Les puces gravées en 2 nm, pour donner un ordre d'idée, permettent de placer 237 millions de transistors sur un seul millimètre carré. Plus la gravure est fine, plus la puce est rapide et économe en énergie. Rapidus a lancé sa ligne pilote en avril 2025, et les premiers outils de conception sont déjà entre les mains de clients américains depuis début 2026. Le calendrier pour la suite est serré : production de masse avec 6 000 galettes de silicium par mois fin 2027, puis quatre fois plus en 2028, soit 25 000 par mois. Le gouvernement japonais finance l'opération à hauteur de 630 milliards de yens pour 2026 et 300 milliards de plus en 2027, soit près de 6 milliards d'euros au total.
TSMC, le concurrent qui a vingt ans d'avance
Le problème, c'est que TSMC ne va pas se laisser faire. Le géant taïwanais, qui produit les puces d'Apple, Nvidia et AMD, fabrique déjà des puces en 3 nm dans son usine japonaise de Kumamoto et prépare une montée en gamme sur place. TSMC a des décennies d'expérience en production de masse, une base de clients colossale, et des rendements que personne n'a encore réussi à égaler. Rapidus part de zéro. Produire quelques puces de test en laboratoire et en sortir des milliers par jour avec un taux de réussite correct, ce sont deux mondes complètement différents.
On en dit quoi ?
C'est un très gros pari, et c'est probablement ce qui le rend passionnant. Un pays entier qui investit des dizaines de milliards sur une entreprise qui n'existait même pas il y a quelques années, pour concurrencer le numéro un mondial, on ne voit pas ça tous les jours. En tout cas, avec de tels moyens et de tels partenaires, c'est faisable. Sauf qu'arriver à produire en volume, c'est une autre histoire. Si tout se passe comme prévu, le pays pourrait quand même récupérer jusqu'à 20 % du marché mondial des puces dites "avancées" d'ici l'année 2030. On aimerait bien voir l'Europe se lancer dans de tels projets !