Warner Bros. Discovery a déposé plainte contre Amazon devant la justice californienne pour débauchage illégal. Le studio reproche au géant du commerce d'avoir convaincu une responsable de HBO Max de rompre un contrat qui courait jusqu'en octobre 2027, en lui offrant un meilleur salaire et en s'engageant à financer sa défense si Warner venait à l'attaquer.
Une dirigeante sous contrat jusqu'en 2027
Pia Barlow dirigeait le marketing des programmes originaux de HBO Max. Elle prend le 3 août un poste équivalent chez Amazon MGM Studios, seize mois avant le terme de son engagement. À Hollywood, les contrats à durée déterminée sont la norme, ce qui n'est pas le cas dans la tech, et c'est précisément là que ça coince depuis que les plateformes viennent se servir dans les studios. La plainte, déposée le 21 juillet devant la Cour supérieure de Californie, retient l'ingérence dans des relations contractuelles, l'incitation à la rupture de contrat et la concurrence déloyale. Warner demande une injonction et des dommages qu'il ne chiffre pas.
Deux cibles, une seule prise
Barlow n'était pas la seule visée. Quelques semaines plus tôt, Amazon aurait tenté le même coup auprès de Francesca Orsi, la patronne de la programmation de HBO, sous contrat jusqu'en décembre 2027, pour lui confier la fiction et la comédie. Elle est restée, et Amazon a fini par découper le poste en trois. Le vocabulaire de la plainte ne fait pas dans la nuance, puisque Warner parle d'une virée shopping d'employés hors la loi et accuse Amazon de vouloir piller à la hâte des salariés sous contrat. Le studio n'est pas le premier à s'en plaindre : YouTube a réglé à l'amiable avec Disney après avoir recruté un de ses cadres, et la Fox avait gagné contre Netflix dans une affaire comparable. Amazon, lui, n'a pas encore réagi publiquement.
Warner secoué par son propre rachat
Le studio est en train de passer sous le contrôle de Paramount Skydance, à 31 dollars l'action et pour quelque 81 milliards de dollars, une opération validée par les actionnaires au printemps puis par le ministère de la Justice américain. Douze procureurs d'États l'attaquent depuis ce mois-ci, un juge fédéral a gelé la transaction pour deux semaines, et Bruxelles comme Londres examinent encore le dossier. Un studio suspendu à ce genre de calendrier voit forcément ses cadres écouter ce qui se propose ailleurs.
On en dit quoi ?
Le procédé a de quoi faire tiquer. Financer d'avance les avocats de quelqu'un qu'on pousse à rompre son contrat, c'est reconnaître assez ouvertement qu'on connaît le risque et qu'on l'assume. Apple avait pourtant montré qu'on pouvait s'y prendre autrement en 2017, quand elle est allée chercher Jamie Erlicht et Zack Van Amburg pour lancer ce qui allait devenir Apple TV+ : les deux patrons de Sony Pictures Television ont attendu la fin de leur contrat plutôt que d'en signer un nouveau. Warner récupérera peut-être quelques millions au bout de la procédure. Pia Barlow, elle, commence chez Amazon le 3 août.