Actualité

IA

L'IA génère 9 miniséries chinoises sur 10, et plus personne ne gagne d'argent

Par Vincent Lautier - Publié le

Nés pendant le Covid, les feuilletons verticaux de dix minutes sont devenus une industrie géante en Chine. Mais depuis que les modèles d'IA vidéo ont divisé leurs coûts de fabrication par dix, la production s'est emballée, 430 000 titres en huit mois, et plus grand monde n'arrive à en vivre, pas même ceux qui ont adopté l'IA les premiers.

L'IA génère 9 miniséries chinoises sur 10, et plus personne ne gagne d'argent


Plus gros que le cinéma



Ces séries pensées pour l'écran du smartphone ont débarqué quand les tournages classiques étaient à l'arrêt, et elles ont tellement prospéré que leur marché a dépassé le box-office du cinéma chinois dès 2024, en faisant vivre au passage 32 000 acteurs et plus de 200 000 figurants. Puis tout a basculé en quelques mois. À la mi-septembre, le régulateur chinois de l'audiovisuel a annoncé que plus de 90 % des titres parus entre janvier et août avaient été générés par IA, contre presque rien un an plus tôt, pour une production treize fois supérieure à celle de toute l'année 2025.

L'IA génère 9 miniséries chinoises sur 10, et plus personne ne gagne d'argent


Une usine à prompts



La machine qui tourne derrière s'appelle Seedance 2.0, le modèle de génération vidéo de ByteDance, la maison mère de TikTok. La méthode n'a plus rien d'un plateau de tournage : on rédige un prompt interminable qui décrit chaque scène, le modèle génère, on corrige, et chaque retouche consomme des jetons facturés. Le créateur de Guixu, une série post-apocalyptique diffusée sur Bilibili et Douyin, évoque un coût de calcul inférieur à 2 000 yuans la minute, autour de 265 euros. Ses douze épisodes de huit minutes lui ont demandé près de 200 000 yuans de calcul, quand une production filmée coûte en gros dix fois plus.

Un coup de pot ?



Le problème, c'est que tout le monde a eu la même idée en même temps. Douyin a accueilli à lui seul 220 000 de ces séries en huit mois, et en septembre, à peine 8,5 % d'entre elles passaient le million de vues. La plateforme a baissé son taux de rémunération de 90 % en un an, comptez 5 à 10 yuans toutes les 10 000 vues, soit même pas 1,50 euro. La presse économique locale décrit un pur jeu de probabilités : on produit en masse, l'algorithme recommande, et un titre finit bien par toucher le jackpot. Du coup, le placement de produit revient en force, jusqu'à l'épisode bonus écrit autour d'une marque. Une héroïne virtuelle a même vanté en juin le confort de vraies lentilles de contact après les avoir, selon elle, portées toute une journée. Des milliers de spectateurs ont signalé la publicité mensongère au régulateur.

L'IA génère 9 miniséries chinoises sur 10, et plus personne ne gagne d'argent


On en dit quoi ?



La Chine fait l'expérience grandeur nature de la vidéo générative poussée à fond : tout le monde produit, plus personne ne gagne. Le régulateur en tire une conclusion assez rigolote : il veut maintenant subventionner les tournages avec de vrais acteurs. Par chez nous, YouTube et TikTok commencent tout juste à se remplir de contenus générés, et ce qui se passe à Pékin donne une idée très précise de la suite. Elle ne fait pas très envie.