Apple a présenté hier ses premiers MacBook Pro à écran tactile, et les vieux réflexes sont ressortis dans la minute : ça ne servirait à rien, et puis Steve Jobs n'en voulait pas. Ces deux arguments méritent une réponse, parce qu'ils passent à côté de ce que cette machine raconte des usages de 2026. Petit édito, donc, écrit par quelqu'un qui compte bien en commander un, à savoir : moi.
Coder et tester dans la foulée, c'est tout l'intérêt du tactile sur MacBook
Un MacBook Pro transformé
Les nouveaux MacBook Pro 14 et 16 pouces gardent hélas les puces M5 Pro et M5 Max mais changent à peu près tout le reste, avec un écran ProLED XDR en OLED tandem qui monte à 2 000 nits, un rafraîchissement adaptatif à 120 Hz, une Dynamic Island à la place de l'encoche et un châssis affiné qui fait tomber le 14 pouces à 1,38 kg et le 16 pouces à 1,82 kg (ce qui est selon moi le principal attrait de cette mise à jour). L'autonomie annoncée atteint 24 heures, la mémoire peut monter jusqu'à 128 Go et le stockage jusqu'à 16 To, pour un prix stratosphérique. La couche tactile vient se poser sur tout ça, avec en option un verre nano-texturé facturé 165 €, que je compte bien prendre aussi. Comptez un ticket d'entrée à 3 299 € pour le 14 pouces et 3 899 € pour le 16 pouces, 5 199 € si vous visez le M5 MaxL Les précommandes sont déjà ouvertes, et les livraisons sont prévues le 6 novembre, sauf si vous commandez une version un peu customisée, il faudra attendre une dizaine de jours de plus.
Personne ne vous force
Le premier réflexe des sceptiques, c'est de dire que personne n'a besoin de toucher l'écran de son Mac. Et c'est vrai. Mais vous n'êtes pas non plus obligé de brancher une souris sur votre iPad, et personne ne trouve scandaleux que ça soit possible. Une fonction en plus n'enlève rien à ceux qui ne s'en servent pas. Regardez le retour du MagSafe sur les MacBook, beaucoup d'utilisateurs ne le branchent jamais par ce biais, par exemple moi là encore, j'utilise toujours l'USB-C, et je ne passe pas mes journées à chouiner que ça ne sert à rien. C'est une question d'usage et d'habitude, et c'est très bien que le MagSafe existe pour ceux qui apprécient l'idée.
Et puis il y a un usage que les mêmes sceptiques balaient un peu vite : tous ceux qui fabriquent ou vibecodent des apps ou des web apps pour iOS et iPadOS. Avec un Mac tactile, ils peuvent tester leur interface en conditions réelles, directement sur leur machine de production, sans passer par le trackpad ou une souris qui simule mal les gestes, les glissements depuis les bords de l'écran ou le pincement à deux doigts. Et vu le nombre de gens qui se sont mis à vibecoder, c'est-à-dire à fabriquer des applications en discutant avec une IA, cet usage est devenu massif, plus du tout réservé à une niche. Les développeurs qui codent depuis quinze ans n'en voient pas l'intérêt (coucou Didier), c'est normal, leurs automatismes datent d'avant. Pour ceux qui se sont lancés il y a trois mois, comme c'est mon cas, c'est un obstacle de moins dans un processus qu'ils veulent le plus fluide possible.
Un autre temps
L'argument Steve Jobs
Reste l'objection historique. En 2010, Steve Jobs expliquait que les surfaces tactiles verticales ne fonctionnaient pas, fatigue du bras à l'appui, et cette citation ressort à chaque rumeur de Mac tactile depuis. Sauf que Steve Jobs est mort il y a quinze ans. Les usages, le marché et les produits d'Apple elle-même n'ont plus rien à voir : l'iPad se vend avec un clavier et un trackpad, et personne n'y voit une trahison. Considérer que les choix technologiques d'une entreprise doivent rester figés par les convictions d'un homme disparu depuis si longtemps n'a aucun sens. D'autant que l'intéressé ne voulait pas non plus d'applications tierces sur le premier iPhone, avant de changer d'avis et de lancer l'App Store. Même les meilleurs se trompent, et Apple a plutôt bien su lui survivre quand on voit la progression de l'entreprise ces dernières années, sur son chiffre d'affaire et ses volumes de ventes.
Ma commande en cours, sans trembler
On en dit quoi ?
Ce MacBook Pro tactile, je vais le commander. Pas forcément pour le tactile, même si je l'utiliserai ponctuellement : pour le poids en baisse, le passage à 2 To et ce verre nano-texturé que je regrette de ne pas avoir choisis sur mon précédent MacBook Pro. Et je serai bien content de pouvoir poser le doigt sur mes propres apps pour les tester, même dix minutes par mois. Le vrai sujet de débat, ce n'est pas la couche tactile, c'est le prix. À 3 299 € d'entrée de gamme, la machine s'adresse à des gens qui savent très exactement ce qu'ils achètent, et ces gens-là existent, et croyez moi, certains attendaient un Mac tactile depuis des années pour basculer. Je pense qu'il va très bien se vendre.