Le gouvernement vient de prendre une mesure qui fait déjà beaucoup de bruit : dès cette année, seuls les demandeurs d'emploi pourront demander le financement de leur permis de conduire avec leur CPF. Une mesure voulue pour faire des économies, qui fait déjà hurler les auto-écoles.
Et tant pis pour les salariés
C'est donc une annonce assez surprenante. Le volet dépenses du budget 2026 prévoit en effet de réserver le financement du permis de conduire par le Compte Personnel de Formation aux personnes qui sont à la recherche d'un emploi. Pour les salariés qui seraient déjà en poste, ça ne sera plus possible. Jusqu'ici, tout le monde pouvait utiliser ses droits chèrement acquis via le CPF pour passer le permis, et ça fonctionnait plutôt bien : en 2023, pas moins de 23 % des formations financées par le CPF étaient effectivement le permis de conduire.
Et d'ailleurs, en 2024, presque un candidat sur quatre au permis de conduire a utilisé son CPF pour en financer une partie, ou son intégralité. Vu le prix moyen d'un permis de conduire, entre 1 500 et 2 000 euros, on comprend vite l'attrait de ce dispositif pour les personnes qui ne l'avaient pas passé dans leur jeunesse. Sauf que voilà, quand un dispositif fonctionne, il faut bien que les finances publiques viennent tout casser.
Les apprentis aussi sanctionnés
Cet article 80 du projet de loi de finances supprime aussi l'aide de 500 euros qui existait aussi pour les apprentis âgés de plus de 18 ans. De son côté, le gouvernement se défend et parle de rationalisation des aides et de limitation des effets d'aubaine. Cette aide a concerné 73 000 jeunes rien qu'en 2024. Pour l'État ça serait une économie de 36 millions d'euros.
Le président du groupe ECF, Patrick Mirouse, parle lui d'un double coup dur pour les jeunes. En effet, en zone rurale, ne pas avoir le permis ferme purement et simplement les portes de l'emploi.
Édouard Rudolf, vice-président de la FENAA et fondateur de l'auto-école En voiture Simone, va plus loin et parle même d'une bombe sociale. Pour lui : Les principaux utilisateurs du CPF sont les plus précaires. Cette suppression écarte les gens qui en ont le plus besoin pour travailler. Il faut dire que certaines auto-écoles dépendent fortement des nombreux candidats financés par le CPF, et craignent de devoir fermer, faute d'un nombre suffisant de candidats.
C'est d'ailleurs assez absurde, car dans un sens, on demande aux gens de perdre leur emploi pour avoir le droit de se former à la conduite. D'ailleurs, à partir du 1er avril 2026, France Travail va mettre en place un système où les demandeurs d'emploi devront d'abord vider leur solde CPF, pour pouvoir bénéficier d'un potentiel complément.
On en dit quoi ?
C'est idiot. On était là devant un dispositif qui avait fait ses preuves, et qui permettait à de nombreuses personnes de passer leur permis. Passer son permis de conduire est un formidable outil quand on veut inciter à la mobilité professionnelle, qui est un véritable enjeu pour l'emploi en France, qui est un pays où les zones rurales crèvent à petit feu. D'une manière générale, ne pas laisser les gens faire ce qu'ils veulent faire de leur CPF est une aberration, surtout quand on voit la quantité de formations qui sont soit des arnaques, soit totalement inutiles, qui pullulent autour de ce dispositif. Rien ne va dans ce changement, et c'est clairement un scandale.