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Des voitures chinoises dans les usines Ford en Europe ?

Par Vincent Lautier - Publié le

Ford et Geely sont en discussions avancées pour un partenariat étonnant à base de transfert de technologie. Le constructeur chinois utiliserait les usines européennes de Ford pour y produire ses véhicules, en échange d'un accès à ses systèmes de conduite assistée. Un rapprochement improbable quand on sait que Geely a racheté Volvo... à Ford en 2010.

Des voitures chinoises dans les usines Ford en Europe ?


Le deal en détail



Selon Reuters, qui cite huit sources proches du dossier, les négociations portent sur deux volets. Le premier, le plus avancé, concerne la production : Geely utiliserait de l'espace dans les usines Ford en Europe pour y fabriquer des véhicules destinés au marché européen. L'usine de Valencia, en Espagne, est le site le plus probable. Ford y dispose de capacités de production sous-exploitées depuis le passage en simple équipe de son usine de Cologne en janvier 2026. Pour Geely, l'intérêt est clair : produire en Europe permet d'éviter les droits de douane imposés par l'UE sur les véhicules électriques fabriqués en Chine.



Le second volet est technologique. Ford obtiendrait un accès aux systèmes avancés d'aide à la conduite développés par Geely, dont le G-ASD, un système capable de gérer le groupe motopropulseur, le châssis, la carrosserie et l'habitacle, et qui permet au véhicule de naviguer seul dans les parkings souterrains ou de reconnaître les barrières d'autoroute. Jim Farley, le patron de Ford, ne cache d'ailleurs pas que les constructeurs occidentaux doivent combler leur retard face aux Chinois sur le digital et la conduite autonome.

Des voitures chinoises dans les usines Ford en Europe ?


Un rapprochement qui ne date pas d'hier



Les discussions durent depuis des mois. Une délégation Ford s'est rendue en Chine cette semaine, après des réunions la semaine dernière dans le Michigan entre dirigeants des deux groupes. Côté communication officielle, c'est sobre : Geely refuse de commenter, et Ford se contente d'un laconique on discute avec beaucoup d'entreprises tout le temps, parfois ça aboutit, parfois non.

Et c'est peut-être le plus rigolo dans cette affaire : Geely a racheté Volvo à Ford en 2010 pour 1,8 milliard de dollars, à une époque où Ford cherchait à se débarrasser de ses marques européennes pour survivre à la crise financière. Depuis, Geely a transformé Volvo en machine à cash et construit un empire plus large qui inclut aussi Polestar, Lotus, Zeekr et Lynk & Co. En 2025, Geely Auto a affiché une hausse de 39 % de ses ventes, dépassant les 3 millions de véhicules. C'est d'ailleurs le deuxième constructeur chinois derrière BYD.

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Ça risque de coincer aux États-Unis



Si le volet européen semble le plus simple à mettre en place, exporter ce genre de partenariat aux États-Unis serait une toute autre affaire. Les constructeurs chinois sont de facto exclus du marché américain à cause des droits de douane et des restrictions sur la collecte de données et les logiciels embarqués, imposées sous l'administration Biden pour des raisons de sécurité nationale. Le partenariat de Ford avec le fabricant de batteries chinois CATL, annoncé en 2023 et qui doit démarrer cette année, a déjà provoqué de gros remous au Congrès. Tout accord impliquant de la technologie chinoise dans des véhicules vendus aux États-Unis attirerait probablement l'attention agacée de l'administration Trump.

On en dit quoi ?



Ford a des usines qui tournent au ralenti, alors que Geely a besoin d'y produire des véhicules localement, c'est donc un deal très pragmatique, qui a du sens. Même si on peut regretter de voir une entreprise historique comme Ford être obligée d'aller chercher des technologies innovantes chez un concurrent chinois, plutôt que d'innover elle-même.