L'odeur si particulière des voitures neuves, ce mélange de plastique, de cuir et de colle qui plaît tant à certains, pourrait bientôt devenir un sujet réglementaire à Bruxelles. En cause : les composés organiques volatils qui s'en dégagent et leurs effets sur la santé. La Chine a déjà serré la vis depuis des années, et l'Union européenne semble vouloir suivre le mouvement.
D'où vient cette odeur si caractéristique
Cette odeur si particulière vient de l'évaporation des matériaux fraîchement assemblés à l'intérieur de l'habitacle. Plastiques, colles, mousses, tissus, vernis : tout dégaze pendant les premières semaines, dans un phénomène que les chimistes appellent off-gassing. Ce que vous respirez alors, ce sont des composés organiques volatils, plus connus sous l'acronyme COV. Certains de ces composés sont totalement inoffensifs et disparaissent rapidement. D'autres, comme le formaldéhyde ou les phtalates, sont plus problématiques et restent dans l'air de l'habitacle un certain moment.
Une affaire de santé publique qui prend de l'ampleur
Le sujet n'est pas nouveau, mais il monte clairement en pression. Les COV concernés peuvent provoquer des irritations des yeux et de la gorge, et des problèmes respiratoires chez les personnes les plus sensibles. La Chine a serré la vis depuis longtemps avec des normes très strictes sur la qualité de l'air en cabine, au point que des clients refusent parfois la livraison d'un véhicule jugé trop odorant. L'Union européenne planche sur le sujet depuis plus de dix ans, avec deux directives historiques sur les peintures, vernis et solvants (1999 et 2004). Mais ces textes encadrent surtout la production, pas l'air respiré à bord par les passagers. Pour la suite, de nouvelles règles plus strictes sont envisagées, et il faudra suivre tout ça de près.
Les constructeurs ont déjà commencé à bouger
Les marques premium ont depuis longtemps fait de l'odeur d'habitacle un argument de vente assumé. Mercedes, Lexus ou Audi travaillent avec des parfumeurs pour composer des senteurs signatures aux notes de cuir, de bois ou de vanille, diffusées par le système de ventilation. Tesla fait le choix inverse en utilisant des matériaux synthétiques sans tanins, ce qui donne une ambiance presque clinique, assumée. Pour les composants, l'industrie bascule progressivement vers des colles à base d'eau et des mousses traitées, ce qui devrait standardiser la situation à terme. Aux États-Unis, le parfum du neuf reste tellement valorisé qu'on y vend même des sprays pour le recréer artificiellement.
On en dit quoi ?
Ça semble anecdotique mais qui ne l'est pas du tout. Avec l'électrification, les habitacles deviennent de petits salons sur roues où on passe de plus en plus de temps, entre les sessions de recharge et les embouteillages quotidiens... la qualité de l'air respiré à bord devient un argument commercial. Les constructeurs qui ont anticipé le sujet, Tesla en tête mais aussi plusieurs marques chinoises, prennent une vraie longueur d'avance sur le terrain sanitaire. Pour les nostalgiques du parfum du neuf à l'ancienne, c'est sans doute la dernière génération de voitures qui en profitera pleinement.