L'affaire des airbags Takata est loin d'être close. Après l'arrêté pris à la mi-juin par l'État pour durcir le suivi de ces gonfleurs capables d'exploser et de cracher des fragments métalliques dans l'habitacle, c'est au tour de Škoda de rappeler huit de ses modèles, en France comme ailleurs dans le monde. Et la liste des marques sous surveillance vient encore de s'allonger.
Škoda rappelle huit modèles à son tour
Le constructeur tchèque lance une campagne référencée 69PC. Elle cible les voitures produites entre le 23 mai 2016 et le 7 décembre 2017, et la liste est longue: Citigo, Fabia, Rapid, Yeti, Octavia, Superb, Kodiaq et Roomster, toutes équipées d'un airbag Takata côté conducteur. La marque ne s'arrête d'ailleurs pas à la France et étend la manœuvre à l'échelle mondiale, pour des véhicules sortis grosso modo entre 2011 et 2018. Le problème vient du propergol qui gonfle l'airbag, et qui se dégrade avec le temps. S'il se déploie, l'occupant risque de se prendre des fragments du gonfleur, et le danger grimpe encore avec les fortes chaleurs, ce qui tombe assez mal en plein été. Pour savoir si votre voiture est visée, vérifiez le numéro de réception inscrit au champ K de la carte grise, ou passez par le site de Škoda. Le remplacement, lui, est gratuit et prend environ deux heures en concession.
Un nouvel arrêté après un nouveau mort
Le 11 juin, sur l'autoroute près de Reims, une conductrice de 37 ans est morte quand l'airbag de sa Citroën C3 de 2014 a explosé en lui projetant des fragments au visage. Quatre jours plus tard, le ministère des Transports publiait son arrêté, qui vient modifier celui du 9 avril 2025. Le calendrier n'a évidemment rien d'un hasard. Et le texte change surtout la façon dont l'État vise les voitures vraiment dangereuses.
Ce que change vraiment le texte
Tout tient à une distinction technique. D'un côté les gonfleurs PSAN, au nitrate d'ammonium stabilisé, déjà visés par les grands rappels. De l'autre les NADI, plus anciens, sur lesquels le nouvel arrêté concentre désormais son attention. En s'appuyant sur le Service de surveillance du marché des véhicules et des moteurs, le fameux SSMVM, l'État réserve l'information urgente et les mesures stop drive, l'interdiction pure et simple de prendre le volant, aux seuls véhicules NADI produits avant septembre 1999. Autrement dit, on cible les voitures les plus vieilles plutôt que d'affoler tout le parc d'un coup. C'est plus fin, et franchement plus utile.
Cent mille euros par jour de retard
Pour tous les autres véhicules à airbag NADI, les constructeurs héritent d'une longue liste d'obligations, sous peine de 100 000 euros par jour de retard, une addition qui peut même grimper à un million d'euros par jour sur certains points. Surtout, chaque marque doit déposer avant le 31 août un plan de surveillance des airbags récupérés, avec recherche de fuites dans le gonfleur, analyses tomographiques en 3D et tests de combustion en chambre close pour disséquer les propergols. Et il y a un nouveau venu sur la liste des épinglés, plutôt inattendu celui-là. Porsche. La marque de Stuttgart se retrouve placée sous observation rapprochée pour certains modèles, même si aucune immobilisation immédiate n'est exigée pour l'instant. L'État ne veut plus de promesses, il veut des données.
Et vous, comment vérifier
Côté conducteurs, rien de sorcier. Citroën a déjà rappelé 181 734 C3 et 65 149 DS3 rien qu'en France, et le bilan national grimpe à 18 morts et 25 blessés, surtout en outre-mer où la chaleur et l'humidité usent les gonfleurs plus vite. Vous prenez le numéro VIN sur la carte grise, vous le tapez sur le site du constructeur, et le remplacement reste gratuit. Depuis janvier 2026, une voiture sous stop drive recalée au contrôle technique est d'ailleurs refusée d'office.
On en dit quoi ?
Honnêtement, voir les rappels s'enchaîner marque par marque, Škoda aujourd'hui après Citroën hier, prouve au moins que la machine tourne enfin à plein régime. Reste ce décalage qui dérange. On en est à 18 morts, et on discute encore de plans de surveillance à rendre fin août, comme si le tempo de l'administration n'avait jamais croisé celui d'une famille endeuillée. Tant qu'une vieille voiture peut faire exploser un airbag au visage de son conducteur, aucun arrêté, aucun rappel ne sera de trop.