L'usine de batteries que Honda a bâtie dans l'Ohio avec LG devait équiper ses futures voitures électriques américaines. Sauf que ces modèles ont été annulés en mars dernier. Le site vient donc de démarrer une toute autre production : des batteries de stockage pour les data centers, dopés par le boom de l'IA. Un virage qui en dit beaucoup sur l'état du marché électrique aux États-Unis.
Une usine flambant neuve, mais plus de voitures
En 2022, Honda et le coréen LG Energy Solution annonçaient en grande pompe une coentreprise à 3,5 milliards de dollars (montée depuis à 4,4 milliards) pour construire une usine de cellules dans le comté de Fayette, dans l'Ohio. L'objectif était de produire 40 GWh de batteries par an pour les futures Honda et Acura électriques assemblées en Amérique du Nord. Le bâtiment a été achevé en 2025, pile au moment où le marché se retournait. Washington a supprimé le crédit d'impôt fédéral sur les électriques à l'automne dernier, les ventes ont plongé, et Honda a fini par annuler en mars les trois modèles électriques prévus pour les États-Unis, dont une Acura. Le constructeur a même racheté à LG sa part des bâtiments pour 2,85 milliards de dollars, une opération bouclée fin février.
Direction les data centers
Plutôt que de laisser dormir des lignes toutes neuves, Honda vient d'y lancer la fabrication de batteries de stockage stationnaire, destinées aux data centers et au réseau électrique américain. Et le créneau est plutôt bien choisi. Le marché du stockage a bondi de 32 % en un an, avec 9,7 GWh installés rien qu'au premier trimestre 2026, soit l'équivalent des batteries de 120 000 voitures électriques, et le secteur vise les 110 GWh annuels d'ici la fin de la décennie, la faute aux centres de données IA qui poussent partout et doivent stocker l'énergie solaire pour encaisser leurs pics de consommation.
L'électrique attendra
Pas d'abandon complet côté Honda, mais un sérieux coup de rabot : 20,7 milliards de dollars d'investissements électriques en moins d'ici 2030. La marque mise désormais sur l'hybride, avec 15 nouveaux modèles d'ici l'exercice 2029 et l'espoir d'en vendre 2,2 millions en 2030, sur 3,6 millions de véhicules au total. L'usine de l'Ohio suivra le mouvement, puisqu'elle fabriquera aussi des batteries hybrides à partir de 2028 en jonglant entre les deux productions selon la demande du moment.
On en dit quoi ?
Une gigafactory pensée pour électrifier les routes américaines qui finit par nourrir des serveurs ChatGPT, il fallait oser. Honda évite au moins le gouffre d'une usine fantôme, et le calcul se défend vu l'appétit des data centers. N'empêche que l'histoire raconte surtout la mauvaise passe de la voiture électrique aux États-Unis, plombée par la fin des crédits d'impôt et par des constructeurs qui battent en retraite vers l'hybride. Le courant ne passe décidément plus entre les Américains et l'électrique.