Le constructeur vient d'installer sa première borne V4 nouvelle génération sur le sol français, à La Rochelle, capable de délivrer jusqu'à 500 kW et de récupérer près de 300 km d'autonomie en moins de dix minutes. Le hic, c'est que les Model 3, Y, S et X qui roulent aujourd'hui ne verront quasiment aucune différence. Ce sont surtout les voitures des concurrents qui vont en profiter.
Une borne deux fois plus puissante que d'habitude
Jusqu'à présent, le réseau Supercharger plafonnait à 250 kW, ce qui restait déjà très correct mais commençait à dater face à la concurrence. Avec cette nouvelle armoire V4, Tesla double la mise et grimpe à 500 kW par point de charge, tout en acceptant désormais des batteries qui montent jusqu'à 1000 volts. Une seule armoire alimente huit bornes en même temps, et la version la plus musclée peut même délivrer 1,2 MW pour le Tesla Semi, le camion électrique de la marque. Concrètement, c'est la station du parking E.Leclerc de Lagord, tout près de La Rochelle, qui vient de terminer son agrandissement pour aligner seize bornes compatibles 800 volts, une première française repérée par l'observateur Denis Schoelens et confirmée sur le site de Tesla. Le chantier arrive même plus tôt que la mise à niveau annoncée pour le second semestre, sûrement grâce à une version pré-assemblée et pliable des bornes V4.
Pourquoi votre Model 3 n'ira pas plus vite
C'est là que le bât blesse. La quasi-totalité des Tesla vendues jusqu'ici, du Model 3 au Model Y en passant par les Model S et X, repose sur une architecture électrique en 400 volts, et cette architecture bride mécaniquement la charge autour de 250 kW. Autrement dit, vous aurez beau brancher votre Model Y sur cette borne flambant neuve à 500 kW, elle continuera de mettre une vingtaine de minutes pour passer de 10 à 80 %, exactement comme avant. Seul le Cybertruck, en architecture 800 volts, s'en approche vraiment, et encore plafonné à 325 kW, mais il n'est de toute façon pas commercialisé en Europe. Pour tout le parc Tesla actuel, la borne à 500 kW ne change donc strictement rien.
Des bornes taillées pour la concurrence
Les voitures conçues pour cette puissance, ce sont justement les rivales de Tesla. Les Porsche Taycan, Audi e-tron GT, Hyundai Ioniq 5 et 6 ou encore les Kia EV6 embarquent une architecture 800 volts que les anciens Superchargeurs, limités à 400 volts, obligeaient à convertir le courant, avec des puissances bridées voire quelques bugs. Depuis que Tesla a ouvert son réseau aux autres marques, ce sont donc ces modèles qui vont récupérer 300 km en moins de dix minutes, pendant que les propriétaires de Tesla resteront sur leur vitesse habituelle. En France, on plafonnait jusqu'ici péniblement à 400 kW en crête, qu'un BMW iX3 exploite pour passer de 10 à 80 % en 21 minutes. Et la vraie bousculade viendra des chinois, avec BYD et ses stations Flash Charging de 1 MW qui feront passer une Denza Z9GT de 10 à 70 % en cinq minutes, Xpeng suivant en 2027. Une situation rigolote donc.
On en dit quoi ?
Voir Tesla déployer la meilleure borne de son histoire et en faire profiter d'abord les Porsche et les Hyundai, c'est cocasse. La marque paie ici son choix d'être restée en 400 volts trop longtemps, quand la concurrence a basculé en 800 volts depuis des années. Pour un possesseur de Model 3, cette annonce a beau être belle sur le papier, elle ne changera rien à sa prochaine pause recharge. Mais bon, au moins Tesla continue d'innover et de se projeter un peu dans l'avenir, et c'est une bonne nouvelle.