Dans l'affaire de la fausse rétractation de Ziad Takieddine, les enquêteurs ont utilisé les données de l'application Santé d'Apple pour démonter méthodiquement l'alibi de Carla Bruni. Un rappel quelque peu brutal que votre iPhone en sait beaucoup sur vous.
Quand l'app Santé devient témoin à charge
Carla Bruni est mise en examen pour association de malfaiteurs dans ce qu'on appelle l'opération Sauver Sarko. Elle est soupçonnée d'avoir utilisé une ligne téléphonique secrète pour coordonner la fausse rétractation de Ziad Takieddine, l'accusateur de Nicolas Sarkozy dans l'affaire des financements libyens. Pour sa défense, l'épouse de l'ancien président a expliqué avoir acquis ce téléphone car le sien était cassé : pendant les vacances de la Toussaint 2020, alors qu'elle faisait du vélo elliptique, son iPhone serait tombé et l'écran se serait brisé.
Sauf que voilà. Les juges ont eu l'idée d'aller fouiller dans les données de l'application Santé de son téléphone principal, celui qui était supposément hors service. Et là, surprise : l'app enregistre l'activité physique et les déplacements de sa propriétaire, et les données montrent que Carla Bruni portait très souvent son téléphone pendant cette fameuse période. Connexions Wi-Fi, envoi de photos, lecture de l'app du Figaro, partage de données avec l'iPhone de sa fille... Le téléphone fonctionnait visiblement parfaitement.
Un alibi qui ne tient pas
Les enquêteurs ont été clairs dans leur procès-verbal : Nous ne parvenons pas à identifier le moment pouvant correspondre au jour où Mme Bruni a cassé la vitre du téléphone et ne pouvait plus l'utiliser normalement. Nous ne constatons aucune rupture dans l'utilisation habituelle du téléphone. Bref, vous l'avez compris, l'alibi de l'écran éclaté ne tient pas des masses face aux données collectées par l'application.
La ligne secrète pose aussi d'autres problèmes. Carla Bruni affirme l'avoir ouverte pour ses enfants, mais elle a été enregistrée au nom d'Alexandre, un prénom qui ne correspond à aucun de ses enfants. Et le numéro a été retrouvé dans les répertoires de Michèle Marchand et de la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, avec la photo de Carla Bruni associée au contact. Donc bon, ça reste un peu curieux.
Le Parquet national financier demande le procès
En décembre dernier, le Parquet national financier a carrément demandé le renvoi de Carla Bruni devant le tribunal correctionnel, mais aussi celui de dix autres personnes, dont Nicolas Sarkozy et Michèle Marchand. Le PNF a aussi pointé des déclarations fluctuantes de la chanteuse, qui, selon le parquet, étaient construites a posteriori à partir d'éléments de la procédure (ce qui dans les faits n'est pas non plus complètement absurde, quand on cherche à se défendre, on étudie la procédure).
On en dit quoi ?
C'est une affaire judiciaire complexe, je ne vais clairement pas donner un avis sur le fond. Mais côté tech, c'est intéressant de constater que l'application Santé d'Apple vient de démontrer qu'elle peut servir de témoin à charge dans une enquête contre vous. Votre iPhone enregistre vos pas, vos déplacements, vos connexions, et tout ça peut ressortir un jour devant un juge.