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Dernier sursis pour l'avion de chasse européen

Par Vincent Lautier - Publié le

Les médiateurs français et allemands chargés de sauver le programme de chasseur européen SCAF ont obtenu dix jours supplémentaires. La nouvelle date butoir est le 28 avril 2026. Un sommet européen informel se tient à Chypre aujourd'hui et demain, et la rencontre entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz pourrait peser lourd sur la suite du dossier, en pleine crise industrielle franco-allemande.

Dernier sursis pour l'avion de chasse européen


Une médiation qui avait officiellement capoté



Le 18 avril dernier, le quotidien allemand Handelsblatt publiait une information qui a fait l'effet d'une bombe dans le milieu de la défense. Le médiateur allemand, chargé avec son homologue français de rapprocher Dassault et Airbus, concluait qu'un avion de chasse commun n'était plus envisageable. Au lieu d'un rapport commun, deux conclusions séparées ont été remises aux gouvernements français et allemand. Officiellement, la mission vient d'être prolongée de dix jours. La ministre des Armées Catherine Vautrin a confirmé mardi : ils ont demandé dix jours de plus. On sent que personne ne veut acter publiquement l'enterrement avant d'avoir tenté le dernier round politique.

Dernier sursis pour l'avion de chasse européen


Dassault veut la barre, Airbus veut la parité



Le désaccord central est avant tout industriel et touche en fait à la gouvernance. Dassault Aviation, maître d'œuvre côté français, demande de son côté un contrôle clair sur le "pilier avion" (le NGF, New Generation Fighter). L'argument technique tient la route : la France doit pouvoir emporter une composante nucléaire aéroportée et apponter sur porte-avions, des contraintes que l'Allemagne n'a pas. Airbus, qui représente l'Allemagne et l'Espagne (cette dernière est entrée dans le programme en 2019), refuse de lâcher la logique de parité entre les trois partenaires. Résultat, chacun campe sur ses positions depuis des années, et les budgets pour le démonstrateur en vol de la phase 2 sont toujours bloqués.

Le sommet de Chypre comme dernière fenêtre politique



Le programme complet est estimé à environ 100 milliards d'euros sur le long terme, avec une entrée en service en 2045 pour la France, date non négociable parce qu'elle est liée au renouvellement de la dissuasion nucléaire aéroportée. Si Macron et Merz ne trouvent pas un compromis politique, les scénarios alternatifs vont bon train : développement séparé d'un avion français et d'un avion allemand, ou conservation d'une coopération restreinte sur les drones accompagnateurs et le fameux "combat cloud" (la couche logicielle et données du système). L'Espagne via Indra insiste pour que Paris et Berlin trouvent un terrain d'entente, mais n'a pas le poids politique pour arbitrer.

Dernier sursis pour l'avion de chasse européen


On en dit quoi ?



C'est rare de voir un projet affiché comme symbole de la souveraineté européenne se casser la figure aussi violemment. Le SCAF était présenté depuis 2017 comme la réponse industrielle à la fois aux F-35 américains et au programme GCAP porté par Londres, Tokyo et Rome, et là on se retrouve à dix jours d'un choix qui pourrait acter deux avions européens au lieu d'un. Tout ça pour ça. Côté calendrier, c'est franchement mauvais : pendant que les Européens se déchirent, les Américains livrent du F-35 par centaines.