Actualité

EcoTech

Canicule : 15,6 % du nucléaire français à l'arrêt ou au ralenti, un record

Par Vincent Lautier - Publié le

Dimanche après-midi, 15,6 % de la puissance du parc nucléaire manquait à l'appel à cause de la chaleur et de la sécheresse, du jamais-vu depuis qu'EDF publie ces données. Neuf réacteurs ont réduit ou coupé leur production, sans conséquence pour le réseau puisque la France exporte massivement. Le vrai sujet se joue plutôt à l'horizon 2035.

Canicule : 15,6 % du nucléaire français à l'arrêt ou au ralenti, un record


Des fleuves trop chauds pour refroidir



Une centrale nucléaire pompe l'eau du fleuve voisin pour se refroidir, puis la rejette quelques degrés plus chaude. La réglementation fixe des seuils de température à ne pas dépasser en aval, pour protéger les poissons et tout ce qui vit dans la rivière. Quand le Rhône est déjà chaud et bas, ces seuils arrivent vite. Dimanche, des réacteurs de Tricastin, Saint-Alban et Bugey tournaient donc au ralenti le long du Rhône, alors qu'un réacteur de Golfech, un de Cattenom et les deux de Chooz étaient complètement à l'arrêt.

Canicule : 15,6 % du nucléaire français à l'arrêt ou au ralenti, un record


Deux records dans le même été



Le précédent record ne datait que de juillet, avec trois réacteurs stoppés et neuf autres bridés. Celui de dimanche a été calculé par l'AFP à partir des données qu'EDF publie depuis 2015, et il ne raconte pas un problème de sûreté : EDF assure que ses réacteurs peuvent tourner sans risque malgré des cours d'eau chauds, les limites imposées sont environnementales, c'est la rivière qu'on protège. Aucun risque de coupure non plus. La consommation estivale est faible, et la France exportait lundi jusqu'à l'équivalent de plus d'une dizaine de réacteurs vers ses voisins.

Canicule : 15,6 % du nucléaire français à l'arrêt ou au ralenti, un record


8,7 milliards pour s'adapter



Ces restrictions liées à l'environnement ne coûtent en moyenne que 0,3 % de la production annuelle depuis 2000. Sauf que voilà, avec le réchauffement, la facture pourrait grimper à 1,4 % par an dès 2035, et EDF prévoit du coup 8,7 milliards d'euros d'ici 2040 pour adapter ses centrales, entre autres avec des refroidissements en circuit fermé, ces grandes tours qui font circuler la même eau en boucle et réduisent fortement les prélèvements dans le fleuve. L'enjeu n'est pas mince pour un parc de 57 réacteurs qui fournit environ 70 % de l'électricité du pays, au moment où tout s'électrifie, des voitures aux data centers.

On en dit quoi ?



Pas de quoi paniquer cet été, la France a même trop d'électricité en ce moment. Mais le signal de fond est quand même dérangeant : le nucléaire, présenté comme la grande réponse au changement climatique, se retrouve gêné par ce même climat quelques semaines par an. Les 8,7 milliards d'EDF étalés sur une quinzaine d'années n'ont rien de délirant au regard du problème, et mieux vaut les engager maintenant que de bricoler des dérogations chaque été. Les voitures électriques et les data centers, eux, ne consommeront pas moins en 2035.