Actualité

iPhone

Les opérateurs européens discutent d'une riposte commune à Starlink

Par Vincent Lautier - Publié le

Les quatre plus gros opérateurs mobiles d'Europe discutent d'un consortium pour décrocher ensemble les fréquences satellite que Bruxelles doit réattribuer, et lancer leur propre service de connexion directe entre un smartphone et l'espace. L'idée est de ne pas laisser Starlink, déjà lancé chez T-Mobile aux Etats-Unis et sous contrat avec Deutsche Telekom, rafler le marché européen.

Les opérateurs européens discutent d'une riposte commune à Starlink


Un smartphone qui parle au satellite



Le service dont il est question s'appelle direct-to-device, et il consiste à faire dialoguer un téléphone tout à fait ordinaire avec un satellite en orbite basse, sans antenne relais ni terminal spécial, pour envoyer un message ou passer un appel là où il n'y a aucun réseau, en pleine montagne, en mer ou dans un désert. Starlink le fait déjà avec plus de 650 satellites dédiés, T-Mobile aux Etats-Unis, Kyivstar en Ukraine, et Deutsche Telekom a signé avec SpaceX en mars pour l'apporter dans une dizaine de pays européens, avec un lancement annoncé pour 2028. C'est ce marché-là que Deutsche Telekom, Orange, Vodafone et Telefónica voudraient maintenant occuper à quatre, d'après Bloomberg, avec un service européen qui ne dépendrait pas d'Elon Musk pour la couverture des zones blanches.

Les opérateurs européens discutent d'une riposte commune à Starlink


Trois tiers de fréquences pour 2027



Le nerf de la guerre, ce sont les fréquences. La bande des 2 GHz réservée aux services mobiles par satellite a été attribuée en 2009 à deux opérateurs satellite, Inmarsat et Solaris, passé depuis chez EchoStar, dont les licences expirent en 2027, et la Commission prévoit de la redécouper en trois parts égales : une pour les usages publics et la future constellation européenne IRIS2, attendue vers 2029, une réservée à un opérateur commercial détenu majoritairement par des capitaux européens, et une ouverte aux candidats du monde entier, SpaceX compris. C'est la part du milieu que vise le consortium, et c'est précisément ce verrou de la majorité européenne que SpaceX conteste, la société de Musk s'opposant à toute restriction d'accès pour les acteurs non européens.

Les opérateurs européens discutent d'une riposte commune à Starlink


Des alliés déjà mariés ailleurs



Le problème, c'est que les quatre ne partent pas libres. Deutsche Telekom est déjà cliente de Starlink, et trois des quatre opérateurs sont engagés avec AST SpaceMobile, une société américaine qui construit sa propre constellation de téléphonie directe, Vodafone y détenant même une coentreprise à parts égales. Autrement dit, les promoteurs d'un service souverain européen ont chacun un pied chez un fournisseur américain, ce qui rend le montage compliqué à vendre à Bruxelles comme aux actionnaires. Les discussions restent d'ailleurs préliminaires, aucune décision n'a été prise sur la création du consortium ni sur le dépôt d'une candidature.

On en dit quoi ?



L'intention est la bonne, personne n'a envie que la couverture des zones blanches européennes passe par un seul homme et une seule constellation américaine. Mais on a du mal à voir quatre opérateurs qui se font la guerre sur les forfaits s'entendre sur des satellites, surtout quand deux d'entre eux ont déjà signé avec la concurrence. L'iPhone qui fera plus que du SOS d'urgence par satellite arrive quoi qu'il en soit, et ce sera très probablement avec SpaceX avant que l'Europe ait fini de se mettre d'accord.