Le gouvernement vient d'annoncer un plan pour réduire la dépendance numérique de l'administration française aux géants américains. La DINUM va abandonner Windows au profit de Linux sur ses postes de travail, et 80 000 agents de l'Assurance maladie vont migrer vers des outils souverains. Chaque ministère devra formaliser son propre plan d'ici l'automne. Sur le papier, c'est ambitieux.
Un séminaire pour lancer le mouvement
C'est lors d'un séminaire interministériel organisé le 8 avril par la DINUM, la DGE, l'ANSSI et la Direction des achats de l'Etat que les annonces ont été faites. Le ministre de l'Action et des Comptes publics David Amiel a été assez direct : L'Etat ne peut plus se contenter de constater sa dépendance, il doit en sortir. Chaque ministère devra donc produire un plan couvrant pas mal de domaines : postes de travail, outils collaboratifs, antivirus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation et équipements réseau. En gros, c'est toute la couche logicielle qui est visée.
Ce que ça change concrètement
La DINUM montre l'exemple en basculant ses propres postes sous Linux. Côté outils, la Caisse nationale d'Assurance maladie va migrer ses 80 000 agents vers le socle interministériel : Tchap pour la messagerie, Visio pour la vidéoconférence, et FranceTransfert pour l'envoi de fichiers. La plateforme des données de santé (le Health Data Hub) doit elle aussi quitter son hébergement actuel pour une solution européenne de confiance d'ici fin 2026. Et puis des "rencontres industrielles du numérique" sont prévues en juin pour lancer une alliance public-privé autour de standards ouverts comme Open-Interop et OpenBuro.
Un calendrier encore flou
Le problème, c'est que pour la migration Linux, aucune date précise n'a été communiquée. Les plans ministériels sont attendus pour l'automne 2026, mais il s'agit de plans, pas de migrations effectives. Le ministère de l'Economie teste des alternatives à Windows à petite échelle. Pour le reste, on en est encore au stade de la cartographie des dépendances. Migrer des dizaines de milliers de postes de travail avec des logiciels métiers parfois très spécifiques, ça ne se fait pas en quelques mois.
On en dit quoi ?
L'intention est bonne, et on ne va pas reprocher à l'Etat de vouloir reprendre la main sur ses outils numériques. Mais ça fait quand même des années qu'on entend ce genre de discours en France, et les résultats concrets tardent à arriver. La DINUM qui passe à Linux, c'est un signal, mais elle représente une toute petite partie de l'administration. Faire bouger des mastodontes comme l'Education nationale ou Bercy, c'est une autre histoire.