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Elon Musk convoqué par la justice française : ce qui est reproché à X

Par Vincent Lautier - Publié le

Le parquet de Paris a convoqué Elon Musk en audition libre ce lundi, après quinze mois d'enquête sur les dérives de X. Manipulation d'algorithme, contenus problématiques mettant en scène des mineurs, négationnisme généré par Grok : la liste des reproches faits à la plateforme est longue. Les Etats-Unis refusent de coopérer, et Musk a traité les magistrats d'attardés mentaux.

Elon Musk convoqué par la justice française : ce qui est reproché à X


Des charges qui se sont empilées



L'enquête a démarré en janvier 2025, à la suite de signalements d'un député et d'un responsable de la cybersécurité. Au départ, deux sujets : une possible manipulation volontaire de l'algorithme de X pour peser sur le débat public français, et une utilisation illicite de données personnelles pour la publicité ciblée. Puis les choses se sont accélérées.

En novembre, le parquet a découvert des contenus antisémites et négationnistes générés par Grok, l'IA de X, et a ajouté la contestation de crime contre l'humanité à la liste. Les enquêteurs ont aussi constaté une baisse de 80% des signalements de contenus illégaux mettant en scène des enfants, par la plateforme sur la France, ce qui a conduit à ajouter la complicité de détention et de diffusion d'images illégales. En janvier, le scandale des deepfakes qui dénudent des femmes viar Grok a encore élargi l'affaire. Et le parquet a fini par ajouter l'administration de plateforme illicite et la falsification du fonctionnement d'un système informatique, un article du code pénal qui n'avait jamais été utilisé depuis 1988.

Elon Musk convoqué par la justice française : ce qui est reproché à X


Un bras de fer avec Washington



X n'a pas coopéré. La plateforme a refusé de fournir son algorithme aux enquêteurs et a dénoncé une enquête motivée par des considérations politiques. En février, lors de la perquisition des locaux français de X, l'entreprise a parlé de mise en scène et de détournement de procédure. Musk a été encore plus direct en mars : il a traité les magistrats français d'attardés mentaux sur X, en français dans le texte.

Côté américain, le ministère de la Justice a officiellement refusé de coopérer avec le parquet de Paris. Dans une lettre datée du 17 avril, le département a critiqué une enquête criminelle orientée politiquement qui chercherait à réguler illégalement les activités d'un réseau social. X a aussi cessé de fournir les données d'identification de ses utilisateurs, des éléments qui étaient transmis aux enquêteurs dans la grande majorité des cas jusqu'à présent. Reporters sans frontières a de son côté déposé une plainte contre X pour prolifération des contenus de désinformation.

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Le parallèle avec Telegram



Le parquet de Paris tente visiblement de forcer un compromis avec Musk, un peu comme ce qui s'était passé avec Pavel Durov, le patron de Telegram. Durov avait été interpellé, placé en garde à vue et mis en examen pour avoir ignoré des réquisitions judiciaires, et avait ensuite commencé à coopérer avec les enquêteurs. Sauf que Musk n'a adopté aucune mesure de conformité depuis le début de l'enquête. Si Musk ne se présente pas à sa convocation (et il ne le fera probablement pas), le parquet pourra ouvrir une information judiciaire et demander l'émission d'un mandat d'arrêt international. Des salariés de X sont aussi convoqués du 20 au 24 avril comme témoins.

On en dit quoi ?



L'affaire est compliquée. Les charges accumulées en quinze mois couvrent à peu près tout ce qu'on peut reprocher à une plateforme : manipulation d'algorithme, non protection des mineurs, négationnisme, deepfakes, refus de coopérer. Le parquet utilise même un article du code pénal qui dormait depuis 1988, c'est dire. Sauf que face à Musk, la justice française joue avec des cartes limitées. Le milliardaire ne viendra a priori pas, les Etats-Unis refusent de coopérer, et X ne transmet plus les données demandées. Le parallèle avec Durov est tentant, mais Durov avait été arrêté sur le sol français. Musk, lui, n'a aucune raison de poser un pied en France dans les mois qui viennent, a priori.