Rivian, le constructeur américain de voitures électriques, ne propose ni CarPlay ni Android Auto. Son responsable logiciel vient d'expliquer pourquoi : selon lui, l'intelligence artificielle rend tout le débat complètement obsolète. Une sortie qui a de quoi faire réagir les nombreux fans du système d'Apple que nous sommes. Sauf que la position du constructeur n'est pas tout à fait désintéressée.
Le constructeur qui ne veut pas de CarPlay
C'est lors du podcast Decoder, chez The Verge, que Wassym Bensaid, le patron du logiciel chez Rivian, a lâché sa formule. Pour lui, la voiture passe d'un modèle défini par le logiciel à un modèle défini par l'IA, et cette bascule rend la question de CarPlay caduque. Rivian, comme Tesla, a toujours refusé d'intégrer le système d'Apple ou celui de Google, préférant garder la main sur toute l'interface de ses véhicules. L'arrivée de son propre assistant intelligent lui donne aujourd'hui un argument tout trouvé pour justifier ce choix.
L'argument : l'IA prend la place
Le raisonnement de Bensaid tient en deux points. D'abord, le miroir d'écran, le principe même de CarPlay, occupe la totalité des pixels de l'écran, ce qui empêche l'assistant maison de rester visible et de proposer ce que Rivian appelle une intégration agentique. Ensuite, les goûts des clients auraient changé : il y a cinq ans, plus de 70 % des acheteurs réclamaient CarPlay au lancement de la marque, contre moins de 25 % aujourd'hui selon les sondages internes du constructeur. À terme, l'assistant Rivian doit se connecter à Gemini, l'IA de Google, pour piloter à la voix les applications du téléphone, sans passer par une interface miroir.
Sauf que l'argument arrange Rivian
Sauf que voilà, la démonstration a quelques trous. Rivian n'a jamais proposé CarPlay, donc l'expliquer par l'IA en 2026 ressemble surtout à une justification a posteriori d'un choix déjà ancien. Sur le fond, le reproche technique ne tient pas tout à fait : CarPlay n'oblige pas à occuper tout l'écran, et il cohabite très bien avec l'interface du constructeur sur de nombreux modèles. Quant au fameux sondage, il interroge des clients Rivian déjà acquis à la marque, pas des acheteurs hésitants qui, eux, citent souvent l'absence de CarPlay comme un motif de rejet. Et si l'IA embarquée devient vraiment aussi bonne que promis, c'est l'interface propre de Rivian qui deviendrait à son tour superflue.
On en dit quoi ?
L'idée que la voiture devienne définie par l'IA n'est pas absurde, et il est probable qu'un assistant vocal vraiment compétent change notre façon d'utiliser la voiture. Le problème, c'est le calendrier et le messager. Rivian vend une vision séduisante d'un futur qui n'existe pas encore pour mieux défendre un présent où il prive ses clients d'une fonction qu'ils réclament toujours. Tant que l'IA embarquée se limite à lancer un itinéraire ou une playlist, balayer CarPlay d'un revers de main relève plus du pari marketing que du constat technique. On veut bien croire que l'agent intelligent enterrera un jour les écrans tactiles, mais en attendant, expliquer aux gens qu'ils n'ont plus besoin de ce qu'ils demandent est un sport à haut risque.