Pékin accepte désormais que ses fabricants de voitures électriques négocient individuellement avec Bruxelles sur les droits de douane. Un gros changement de posture, qui fait suite à l'exemption tarifaire obtenue par le Cupra Tavascan, premier véhicule à bénéficier d'un passe-droit.
Le Tavascan ouvre la brèche
Tout part du Cupra Tavascan. Ce SUV électrique, conçu par la marque sportive de Volkswagen mais assemblé en Chine, était frappé depuis octobre 2024 d'une taxe totale de 30,7 % à l'entrée de l'UE (10 % de droit de base plus 20,7 % de surtaxe compensatoire). Le 10 février, la Commission européenne a accepté de lever la surtaxe en échange d'un engagement de prix minimum et d'un quota annuel de ventes. Seuls les 10 % de base subsistent désormais. C'est le premier modèle à décrocher une telle exemption depuis la mise en place des droits compensateurs. VW a joué la carte européenne pour convaincre Bruxelles, en mettant en avant la conception et la stratégie de marque du Tavascan, malgré son assemblage chinois.
Pékin lâche du lest
Jusqu'ici, la Chine demandait à l'UE de ne pas engager de discussions séparées avec ses constructeurs. Pékin préférait les négociations groupées, histoire de garder la main sur le processus. Et voilà que le porte-parole du ministère du Commerce, He Yadong, a déclaré lors d'un point presse que la Chine espérait voir davantage de constructeurs chinois conclure des accords de prix avec l'UE. Les deux parties soutiennent, selon lui, l'utilisation du mécanisme de price undertaking, ces engagements tarifaires négociés au cas par cas. Ça en dit long sur la pression qu'exerce le marché européen.
Des dossiers en préparation, mais des procédures lourdes
Côté constructeurs chinois, ça bouge du coup, plusieurs marques préparent déjà leurs dossiers pour obtenir le même traitement que le Tavascan. La Chambre de commerce chinoise auprès de l'UE confirme l'intérêt, mais prévient : la procédure est lourde. En effet, chaque modèle doit être négocié séparément, avec une transparence très poussée sur les coûts de production et les taux d'importation. L'Europe a publié un petit guide d'orientation pour encadrer les demandes, mais tout ceci va prendre du temps à être mis en place.
On en dit quoi ?
C'est quand même un virage assez net de Pékin. Pendant des mois, la Chine a freiné des quatre fers pour éviter que ses constructeurs ne se retrouvent à négocier en position de faiblesse face à Bruxelles. Et puis l'exemption du Tavascan a montré que le mécanisme pouvait en fait fonctionner, au moins pour les groupes qui ont un pied en Europe. Mais pour les marques chinoises pures, type BYD ou NIO, ça risque d'être un peu plus compliqué, car elles n'ont pas l'argument "conçu en Europe" à faire valoir.