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Comment Uber veut devenir indispensable aux robotaxis

Par Laurence - Publié le

Huit ans après l’accident mortel qui avait brutalement stoppé ses ambitions dans les véhicules autonomes, Uber revient dans la course. Mais cette fois, la société change totalement de stratégie. Plus question de développer ses propres robotaxis : Uber veut désormais devenir le fournisseur de données de toute l’industrie.

Uber AV labS


Uber crée “AV Labs”



La société vient d’annoncer une nouvelle division baptisée Uber AV Labs. Mais il ne s'agit pas ici de lancer un nouveau service de voitures autonomes, mais de déployer des véhicules bardés de capteurs pour collecter des données de conduite réelles destinées à ses partenaires.

Uber travaille déjà avec plus de 20 acteurs du véhicule autonome, parmi lesquels : Waymo, Aurora Innovation, Lucid Motors, ou encore Waabi. Et tous recherchent aujourd’hui exactement la même chose : des données massives issues du monde réel.

La nouvelle bataille de l’IA automobile



Le marché de la conduite autonome est en train de changer profondément. Désormais, les constructeurs misent de plus en plus sur l’apprentissage par renforcement, les modèles IA, et l’analyse comportementale. Le problème, c’est qu’aucune simulation ne remplace totalement la conduite réelle.

Même après plus de dix ans de développement, Waymo rencontre encore des situations absurdes ou dangereuses sur les routes américaines. Plus les véhicules accumulent de kilomètres réels, plus les IA apprennent à gérer : les comportements imprévisibles, les travaux, la météo, les piétons, ou les cas extrêmes. Et c’est précisément là qu’Uber veut intervenir.

Comment Uber veut devenir indispensable aux robotaxis


Uber veut devenir “l’infrastructure” du véhicule autonome



Le plus intéressant dans cette annonce est probablement le repositionnement stratégique d’Uber. La société ne veut plus porter le risque réglementaire ou juridique des robotaxis. Elle veut plutôt devenir une infrastructure essentielle pour l’écosystème toutes marques confondues.

Concrètement, Uber va déployer ses propres véhicules équipés de lidar, radar, caméras, et capteurs avancés. Les données récoltées seront ensuite retravaillées avant d’être envoyées aux partenaires.

Uber explique même qu’il pourra faire tourner les logiciels autonomes de ses partenaires en shadow mode. Autrement dit un conducteur humain pilote réellement la voiture, pendant que l’IA prend virtuellement ses propres décisions, afin de comparer les comportements. Chaque divergence permet ensuite d’entraîner les modèles.

Une approche très inspirée de Tesla, mais très modeste



La stratégie rappelle fortement celle de Tesla. Depuis des années, Tesla utilise les données collectées par les millions de véhicules de ses clients pour entraîner son système FSD. La différence, c’est qu’Uber ne possède pas une flotte mondiale gigantesque. Mais la société dispose d’un autre avantage : sa présence dans plus de 600 villes. Uber pourra donc collecter des données extrêmement ciblées selon les besoins des partenaires.



Pour le moment, AV Labs démarre avec une seule voiture. Il s’agit actuellement d’un Hyundai Ioniq 5 modifié avec une énorme quantité de capteurs. Uber reconnaît d’ailleurs que le projet reste encore très expérimental. Les ingénieurs expliquent même qu’ils sont encore en train de fixer physiquement certains capteurs sur le véhicule. Mais l’objectif est clair : construire progressivement une flotte de plusieurs centaines de voitures de collecte.

Comment Uber veut devenir indispensable aux robotaxis


Une revanche après l’échec de 2018 ?



Uber précise que ce projet ne sera pas monétisé immédiatement. L’idée est surtout d’accélérer l’ensemble du marché autonome. Selon Uber, la valeur stratégique générée par ces données dépasse largement les revenus potentiels à court terme. La société cherche surtout à devenir incontournable dans le futur écosystème robotaxi.

Cette annonce marque aussi le retour extrêmement prudent d’Uber dans un secteur qu’il avait quitté dans la douleur. En 2018, un véhicule autonome Uber avait mortellement percuté une piétonne en Arizona. L’accident avait provoqué un énorme choc dans toute l’industrie. Uber avait finalement vendu sa division autonome à Aurora en 2020. Mais aujourd’hui, le groupe semble avoir trouvé une nouvelle manière d’exister dans cette révolution technologique… sans reprendre directement le volant.

Qu’en penser ?



Uber semble avoir compris une chose essentielle : dans l’IA automobile, la donnée devient probablement plus précieuse que les voitures elles-mêmes. Et plutôt que d’essayer de battre Waymo ou Tesla sur les robotaxis, l’entreprise veut désormais devenir le fournisseur invisible qui alimente tout l’écosystème autonome. Une stratégie beaucoup moins risquée, mais potentiellement tout aussi stratégique à long terme.