Les États-Unis préparent une loi censée protéger leurs routes des voitures trop liées à la Chine, et elle pourrait viser une cible que personne n'attendait, Mercedes. Le constructeur allemand, à cause de ses actionnaires chinois, risque tout bonnement de ne plus pouvoir vendre la moindre voiture sur le sol américain. Un comble pour une marque aussi installée outre-Atlantique.
Une règle pensée contre les voitures chinoises
Tout part de la Connected Vehicle Rule, un texte adopté début 2025 sous l'administration Biden. L'idée est simple, empêcher que des voitures connectées bourrées de logiciels et de composants chinois circulent aux États-Unis, par crainte qu'elles ne renvoient des données sensibles vers Pékin. Concrètement, les véhicules embarquant des logiciels chinois seront interdits à la vente dès 2027, et ceux utilisant du matériel chinois suivront en 2029. Une voiture moderne étant devenue un ordinateur roulant truffé de capteurs, ce genre de règle a des conséquences bien plus larges qu'il n'y paraît.
Mercedes rattrapé par ses actionnaires chinois
Sauf que le Sénat veut aller plus loin. Une proposition de loi bipartisane, portée par les sénateurs Elissa Slotkin et Bernie Moreno, interdirait carrément la vente de voitures connectées à tout constructeur détenu à plus de 15% par des intérêts chinois. Et c'est là que Mercedes se retrouve piégé, puisque le groupe est détenu à près de 20% par deux actionnaires chinois, le géant Geely et le constructeur public BAIC. En clair, une marque allemande centenaire pourrait être bannie du marché américain non pas pour ses voitures, mais pour la nationalité de certains de ses investisseurs. Mercedes fait donc du lobbying pour relever le seuil à 25%, histoire de repasser juste sous la barre.
Un effet boomerang qui dépasse Mercedes
Le paradoxe est complet, car cette mesure taillée contre la Chine frappe d'abord un fleuron européen. La commission sénatoriale a fait avancer le texte fin juillet, et même des voix républicaines comme celle de Ted Cruz jugent l'affaire mal ficelée, d'autant que le géant américain General Motors aurait poussé pour ce passage bien précis. Mercedes disposerait quand même d'un délai jusqu'en 2030 pour se mettre en conformité, ou pourrait tenter d'obtenir une dérogation. D'autres ont déjà fait les frais de cette politique, comme Polestar, poussé vers la sortie du marché américain une fois ses derniers modèles écoulés.
On en dit quoi ?
L'ironie ne manque pas. Une loi pensée contre la Chine s'apprête à frapper d'abord une marque de Stuttgart, pas les constructeurs de Shenzhen. La méfiance envers les données des voitures connectées se comprend, car personne n'a envie que sa berline transmette ses trajets à l'autre bout du monde, mais bannir un constructeur pour la nationalité de ses actionnaires plutôt que pour ce que font réellement ses voitures ressemble à du protectionnisme un peu déguisé, surtout quand General Motors pousse derrière. Mercedes a jusqu'en 2030 pour trouver la parade, et ses avocats ont sûrement déjà commencé.