La Commission européenne a discrètement demandé à Pékin de limiter volontairement ses exportations de voitures hybrides vers l'Europe, avec un plafond autour de 15 % du marché. Les importations ont été multipliées par treize en moins de deux ans, et Bruxelles menace de dégainer de nouvelles taxes si la Chine refuse de jouer le jeu.
Un plafond, sinon des taxes
Selon le Financial Times, Bruxelles a réclamé aux autorités chinoises un engagement à restreindre volontairement leurs envois d'hybrides, simples comme rechargeables, vers le Vieux Continent. L'objectif est de ramener ces modèles autour de 15 % du marché européen, alors qu'ils en captent aujourd'hui plus d'un tiers. Le ton employé n'a d'ailleurs rien de diplomatique : S'ils ne limitent pas leurs exportations vers notre marché, nous le ferons, a prévenu un responsable européen, qui parle même d'enrayer la désindustrialisation. Le commissaire au Commerce Maroš Šefčovič a échangé ce jeudi avec le ministre chinois du Commerce Wang Wentao, avant un déplacement à Pékin début octobre. Sans accord d'ici là, les taxes tomberont.
Un effet boomerang
Il faut remonter à octobre 2024 pour comprendre. L'Europe imposait alors des droits compensatoires pouvant grimper jusqu'à 45 % au total sur les voitures 100 % électriques fabriquées en Chine, alors que les hybrides s'en tenaient au tarif standard de 10 %. BYD, Geely ou Chery n'ont pas mis longtemps à faire le calcul, et ont basculé leurs volumes vers ces motorisations épargnées par la surtaxe. Du coup, les importations d'hybrides chinois sont passées de 3 800 unités sur le mois d'octobre 2024 à 50 000 sur le seul mois de juillet dernier. Et les constructeurs chinois ont signé en juin un record de 10,9 % de part de marché en Europe, toutes motorisations confondues.
Le précédent japonais
La méthode n'a rien de nouveau. En 1986, l'Europe avait obtenu du Japon une autolimitation de ses exportations automobiles, restée en vigueur jusqu'en 1999. Toyota, Nissan et Honda avaient répondu en construisant des usines directement sur le sol européen, histoire de contourner le quota. C'est le scénario que Bruxelles aimerait rejouer, à un moment où Ursula von der Leyen évoque un déficit commercial avec la Chine d'environ 1 milliard d'euros par jour. Pékin n'a pour le moment pas répondu publiquement, et rejette de longue date les accusations européennes de surcapacité, jugées protectionnistes.
On en dit quoi ?
C'est quand même l'histoire d'un problème que Bruxelles a en partie créé toute seule. En surtaxant l'électrique chinois jusqu'à 45 % tout en laissant l'hybride à 10 %, la Commission a laissé une porte grande ouverte, et il ne fallait pas être grand économiste pour deviner que BYD et ses compatriotes allaient s'y engouffrer. Sauf que le précédent japonais donne aussi la suite du film : les quotas avaient poussé Toyota et Honda à produire en Europe, et certains constructeurs chinois rachètent déjà des usines en sous-production sur le continent. Au bout du compte, ces voitures seront simplement assemblées chez nous, avec des emplois européens à la clé, et on imagine bien que c'est exactement ce que Bruxelles cherche.