Le procès opposant Elon Musk à OpenAI continue de révéler les coulisses particulièrement tendues de la naissance de ChatGPT. Mardi, Sam Altman est devenu le dernier grand patron de la tech à témoigner dans cette affaire explosive, après Elon Musk lui-même, Satya Nadella et Greg Brockman.
D'énormes dégâts
Et le patron d’OpenAI n’a pas mâché ses mots à l'encontre de son ancien associé : Elon Musk ne comprenait pas comment gérer un laboratoire de recherche. Au cours de l'audience, il a affirmé qu’Elon Musk avait causé énormément de dégâts à la culture interne d’OpenAI avant son départ en 2018.
Selon Sam Altman, Elon Musk imposait une approche extrêmement agressive du management, incompatible avec la recherche en intelligence artificielle. Il l'accuse notamment d’avoir demandé à Greg Brockman et Ilya Sutskever de classer les chercheurs selon leurs performances afin de donner un coup de tronçonneuse dans les équipes.
Sam Altman explique que ce mélange de recherche de résultats permanente et de pression constante ne fonctionnait pas dans un laboratoire de recherche avancée. Avant d'ajouter que le départ d’Elon Musk avait été vécu comme un boost au moral par certains employés.
Elon Musk aime bien les tronçonneuses !
Trahison, votre honneur !
Derrière cette bataille personnelle se cache surtout un conflit gigantesque autour du futur de l’intelligence artificielle. Elon Musk accuse OpenAI et Sam Altman d’avoir trahi la mission originelle de l’organisation créée en 2015 : développer une IA au service de l’humanité via une structure non lucrative.
Selon Elon Musk, OpenAI aurait utilisé les dons de départ — environ 38 millions de dollars apportés notamment par lui-même — pour construire un géant privé valorisé aujourd’hui à près de 850 milliards de dollars. Il estime que la startup s’est progressivement transformée en entreprise commerciale classique, largement soutenue par Microsoft.
Des auditions extrêmement tendues
L’audience a aussi donné lieu à un échange particulièrement brutal entre Sam Altman et Steven Molo, l’avocat d’Elon Musk. Ce dernier a directement attaqué la réputation du chef d’OpenAI, régulièrement accusé dans la Silicon Valley d’opacité et de manipulation. Relancé plusieurs fois sur sa sincérité, il a finalement reconnu de ne pas avoir toujours dit la vérité.
Ces échanges ont particulièrement marqué le procès, alors que la personnalité de Sam Altman devient elle-même un sujet central de l’affaire. Depuis plusieurs mois, ce dernier fait l’objet de critiques grandissantes. En novembre 2023, il avait été brutalement évincé d’OpenAI par son propre conseil d’administration, officiellement pour un manque de transparence. Il avait finalement été réintégré quelques jours plus tard sous la pression des employés et de Microsoft.
Mais cette crise a durablement alimenté les accusations concernant son style de management, son rapport à la vérité, et ses conflits d’intérêts potentiels. Début avril, une longue enquête du New Yorker a encore renforcé cette image controversée, au point que son domicile de San Francisco aurait récemment été visé par un cocktail Molotov.
Qu'en penser ?
Le procès révèle aussi à quel point la relation entre Elon Musk et OpenAI est devenue une guerre ouverte. La seconde accuse désormais le premier de mener cette procédure avant tout par rivalité stratégique et jalousie après le succès mondial de ChatGPT. De son côté, le milliardaire développe désormais ses propres ambitions IA avec xAI au sein de l’écosystème SpaceX et X.
Au-delà des tensions personnelles, ce procès illustre surtout l’immense transformation du secteur de l’intelligence artificielle. OpenAI, initialement pensée comme une organisation ouverte et à but non lucratif, est devenue en quelques années l’une des entreprises technologiques les plus puissantes et les plus valorisées au monde.
Et derrière les débats sur l’éthique ou l’altruisme, le procès révèle surtout une réalité beaucoup plus brutale : la bataille autour de l’IA générative représente désormais des centaines de milliards de dollars et probablement une partie du futur pouvoir technologique mondial.